Viticulture : un millésime compliqué dans les P.-O. [par Yann Kerveno]

La vendange 2021 atteindra-t-elle 500 000 hectolitres ?

Alors que le mois d’octobre file avec le raccourcissement des jours, les vendanges s’achèvent dans le département sur un constat mitigé. Oui, la qualité est là, en particulier sur les blancs, mais pour les quantités, on est loin du compte et il n’est pas évident que la viticulture départementale dépasse les 500 000 hectolitres selon les calculs de Julien Thiery, chef du service Viticole à la Chambre d’agriculture et un rendement moyen qui devrait s’établir autour de 28 ou 29 hectolitres à l’hectare. Pour rappel, l’an passé, récolte historiquement basse, la vendange s’était établie à 530 000 hectolitres. Il faudra attendre la fin des déclarations de récolte pour avoir des chiffres précis, mais les chances d’avoir des surprises comme l’an dernier sont minces.

Banyuls

Les vignerons de la côte Vermeille ont joué de la calculette pour estimer le volume de leur vendange. Elle devrait s’établir aux alentours de 22 000 hectolitres, contre 27 000 l’an passé et 24 000 hectolitres il y a deux ans, avec donc un rendement moyen à peine à 17 hectolitres. “C’est moins dramatique que ce à quoi nous nous attendions” résume Romuald Peronne, président du cru, qui se réjouit par contre de la qualité. “C’est assez exceptionnel cette année, avec beaucoup de fraîcheur, de rondeur, moins de concentration, moins d’alcool, on ne fera pas de grands vins de garde mais il y aura de très belles choses.”

Baixas

Quand on lui demande comment il qualifierait la récolte 2021, François Capdelayre dit, sans hésiter, “très compliquée ! C’est probablement la vendange la plus compliquée à laquelle nous avons été confrontés ces 20 dernières années.” Il y a surtout eu la sécheresse, puis les pluies qui sont venues perturber les vendanges. “On a vendangé du 13 août au 3 octobre, en étant contraints de faire des pauses pour attendre les maturités.” Comme à Banyuls la qualité est là, avec de la fraîcheur, en particulier sur les blancs “nous sommes très contents des blancs et les acheteurs sont là. Pour les rouges c’est bien aussi, les maturités phénoliques sont arrivées plus tôt que les degrés, il y a un joli potentiel.” Question volume, il estime la vendange de la cave à 52 000 hectolitres cette année, avec un rendement moyen légèrement au-dessus de 30 hl contre 25 à 28 pour le reste du département.

Aspres

À Terrassous, comme partout ailleurs les vignerons ont attendu la pluie et râlé quand elle est arrivée… “On a attendu de l’eau pendant toute la période végétative et, au final, on a eu en dix jours, en plein milieu des vendanges, l’équivalent de ce qui tombe d’habitude entre mars et septembre” explique Guy Ferrer. Si la pluie a fait gonfler les baies, cela n’a pas été suffisant pour compenser les manques et cela a perturbé les vendanges. “Nous avons dû réorganiser tous les apports, faire un gros suivi parcellaire…” À l’heure de sortir la calculette, il estime la vendange 2021 entre 30 et 35 hectolitres à l’hectare, soit pour la cave un total de 24 000 à 25 000 hectolitres.

Maury

S’il est un terroir qui a pu tirer en partie son épingle du jeu, c’est bien la vallée de l’Agly et ses hauteurs. Le gel, la coulure et la sécheresse ont toutefois amputé une partie de la vendange, mais les pluies, compte tenu du décalage habituel, sont arrivées au bon moment pour que la vigne puisse en profiter un peu. “C’est la syrah qui a le plus souffert cette année, les grenaches ont bien profité des pluies mais nous avons eu quelques soucis avec criptobables sur les carignans” explique Aurélie Pereira, présidente de cru. L’appellation Maury devrait déclarer autour de 8 000 hectolitres cette année, vins doux et secs confondus “mais il y a de la couleur et les jus sont beaux !”

Rivesaltes

La cave Arnaud de Villeneuve doit pouvoir compter sur 42 000 à 43 000 hectolitres cette année selon les estimations de Brice Cassagnes, son président. “Nous avons eu la pluie mais elle est arrivée trop tard pour faire gonfler les baies, ça a aidé les plantes mais c’est tout” regrette-t-il. La sécheresse est passée par là et la cave réalise donc une vendange similaire à celle de l’an dernier, “c’est-à-dire faible à très faible” quand la vigne avait souffert du mildiou.

Estagel

La cave d’Estagel est probablement celle qui aura le plus souffert du gel du printemps denier. Et il n’y aura pas eu de miracle. “Nous perdons cette année 40 % de nos volumes à cause du gel. Nous n’avons pu récolter que les parcelles irriguées dans la plaine, environ 50 % du potentiel, mais sur le reste, les dégâts sont importants” détaille Francis Bonet, président de la cave des Côteaux de l’Agly. Cet épisode dramatique se soldera donc par la perte de 7 000 à 8 000 hectolitres pour cette vendange. L’an dernier, les pertes étaient aussi au rendez-vous avec 5 000 hectolitres de moins pour une cave qui dispose de 20 000 à 22 000 hectolitres de potentiel. Quand aux plantiers gelés, leur reprise est très aléatoire. “Ce que nous avons vu, c’est que les plants les plus vigoureux sont repartis après le gel, mais les autres sont morts.”

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