“Mon prince, t’as pas 100 balles ?” [par Jean-Marc Majeau]

Ils font chier les clodos ! Toujours à mendier, assis sur leur cul à rien branler ! Qu’est-ce que tu as fait pour les mériter ces 100 balles d’abord ? T’as fait des études ? T’as été élu ? T’as traversé la rue pour trouver du boulot ? T’as la Légion d’honneur ? Non ! Alors qu’est-ce que tu m’emmerdes avec ta main tendue ? C’est vrai ça : il n’y a que les branleurs qui demandent. Ces types qui passent leur vie à se plaindre, qui réclament du loisir, qui utilisent leur bagnole à tort et à travers, qui dilapident tout leur petit pécule en s’achetant une maison individuelle avec un petit jardin. Des rêves de médiocres ! Comme si c’était ça l’important ! Quand tu n’as pas les moyens, tu adaptes tes désirs à la hauteur de tes possibilités ! Et puis tu penses aussi à l’avenir de la planète ! Qu’est-ce que tu fous dans ton auto pourrie, alors que tu pourrais vivre dans un “Kommunalka”, un logement collectif proche de ton boulot, prendre le tram ou l’autobus pour t’y rendre, faire des fêtes de quartier avec tes colocataires et limiter d’autant l’empreinte carbone.

Elle te l’a dit Wargon : “c’est fini les rêves démesurés des années 80. Il faut passer à autre chose !” D’abord tu vas commencer par bosser plus : la retraite à 62 piges, ça allait bien avant. Mais là, vu la dette publique et le plan de relance, va falloir s’y filer ! D’autant que, grâce au vaccin, tu ne vas plus mourir : ou alors ce sera de ta faute ! Tu mets ton masque, tu fais tes piqures, tu fermes ta gueule et tu te sors les doigts du cul ! C’est fini les syndicats, les “gilets jaunes”, les jérémiades et les revendications de fainéants. Maintenant ce sera 67 ans. La pénibilité, tu te la feras passer en regardant Messi à la télévision.

Et puis tu vas me faire le plaisir de trier tes poubelles, d’acheter un frigo “basse consommation” et d’arrêter de bouffer de la merde. Tu crois quoi toi ? Que les hôpitaux sont faits pour accueillir des gens qui se rendent malades en mangeant des produits bourrés de pesticides, des viandes animales toxiques et des bonbons Haribo ? Non mon pote : il faut faire un effort ! Tu vas te renseigner sur les steaks végétaux, les légumes de permaculture et les graines vitaminées. Et si tu trouves que ça te coute trop cher de manger bio, t’as qu’à sacrifier les séances de coiffeurs de ta gonzesse et les cadeaux que tu fais à tes petits enfants. Apprends-leur à se passer du superflu. Envoies-les au catéchisme ! Ils y recevront les préceptes ancestraux qui feront d’eux des hommes : “Aide toi le ciel t’aidera”, “Quand tu as reçu, tend l’autre joue”, “Ne te retourne pas et avance”, “Et si tu as senti une main suspecte qui te frottait le cul… ne te retourne pas non plus” ! Et surtout : “ne dis rien à personne !”

Tu vois qu’on pense à toi…

Pendant que tu te traines par terre comme un chien, ton gouvernement s’époumone pour te faire passer la bonne parole, se saigne pour t’assurer une santé de fer et te permet de boire des bières en toute sécurité… Mais Toi, tu doutes, tu réclames, tu blasphèmes, tu veux pas mettre le masque ni présenter le pass sanitaire… Tiens, justement, on vient de faire un effort pour en limiter la contrainte : dorénavant, et jusqu’à l’élection présidentielle, tu pourras te passer de ce viatique si tu te rends à un meeting politique. D’après l’ARS et le Conseil scientifique, là où se diffuse la “bonne parole”, le virus ne circule plus ! Ni à l’Assemblée nationale, ni dans les réunions publiques de propagande. Parce que le virus ne touche pas les oratoires où l’aristocratie s’adresse au peuple ! Ça s’appelle “la Démocratie” ça mon pote ! Tu vois qu’on pense à toi. Tu devrais être content de vivre dans un pays aussi libre et permissif. On voit bien que tu ignores tout d’une dictature…

Tiens, par exemple : en dictature, je ne t’adresserai même pas la parole : mes hommes de main te foutraient directement en tôle à coup de LBD dans la gueule ! Alors que là, tu me tends la main, je t’explique et je prends mon temps afin que tu comprennes la chance que tu as d’être assis sur une parcelle de ce beau pays qui est le nôtre et que, finalement, le problème : c’est toi ! Tu vois, je suis “bon prince”, ces 100 balles, finalement, je vais te les filer ! Mais, en contrepartie de quoi, sans rechigner, sans ouvrir ta bouche, sans critiquer sans cesse, tu vas les prendre et tu vas aller voter pour Moi : parce que je suis ta seule chance et ton seul espoir d’avenir. Allez, mets-toi à genoux, dis-moi que tu m’aimes et lèche moi les pieds ! Tu verras : ce petit goût sucré qu’ont les Weston va surement te plaire ! Peut-être plus que celui des bonbons Haribo ! En fin de compte, ça vaut bien mes 100 balles ! Putain de gueux !

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