Viticulture : le salut par l’altitude ? [par Yann Kerveno]

Aller chercher de la fraîcheur en altitude n’est pas seulement l’apanage des touristes, face au réchauffement climatique, la vigne gagne aussi à s’élever… D’anciens terroirs retrouvent ainsi toute légitimité à être plantés en vigne.

C’est un terroir qu’on avait laissé filer, sous la pression de la modernité, au gré de l’évolution des attentes. La vigne, autrefois cultivée dans cette zone sans eau, avait été laissée libre de tout travail, en pâture à la friche. Pourtant, il y a de la richesse sur ce plateau qui file vers l’Ouest, marque la frontière avec les Fenouillèdes, entre Força Real et Arboussols. Avec une altitude moyenne située autour de 300 mètres mais qui peut monter jusqu’à 700 ou 800 mètres. Mais pourquoi parler de cela ? Parce que la vigne est en train de recoloniser les friches. Les voies d’adaptation au changement climatique ne sont pas légion. Il y a la voie végétale, avec des variétés nouvelles ou étrangères qui résistent mieux au réchauffement climatique. Il y a la voie “aqueuse”, avec le développement de l’irrigation. Il y a la voie physiologique, avec des évolutions de la conduite de la vigne et enfin, il y a celle de la délocalisation des vignobles en altitude. C’est ce qui rend aujourd’hui ce terroir diablement pertinent pour la production viticole.
Et le monde viticole ne s’y trompe pas. Du côté de Montalba, la reconquête avait été engagée par le groupe d’investisseurs du Mas Molins. La cave coopérative Terres Plurielles, née de la fusion des caves de Tautavel, Latour de France et Vinça, a dévolu les vignes du secteur, environ 130 hectares, à la production de vins plus frais, rosés et blancs, que ceux qu’il est possible d’obtenir dans la plaine. Directeur de la cave Terres Plurielles, Guillaume Chalmin confirme : “Les premiers résultats que nous avons obtenus sur les terroirs l’an dernier sont très intéressants. Nous avons pu produire des rosés pleins de fraîcheur, très pâles et correspondant bien à la demande actuelle. Cela nous a même permis de retrouver des marchés qui nous avaient échappés et aussi de produire 1 000 hectolitres à façon pour Gérard Bertrand, un rosé à fort degré pour le marché américain.”

Prise de risque assumée

Un peu plus vers l’Ouest, entre Tarerach et Arboussols, deux domaines se développent depuis 2016, le Mas Llossanes et le Domaine des Trois Orris. “Notre installation ici n’est nullement un hasard” explique Solenn Génot, du Mas Llossanes, “quand nous avons décidé de nous installer, après un début de carrière passé à travailler pour d’autres en Italie notamment, nous cherchions un terroir de qualité et surtout durable face au changement climatique, qui nous permette aussi de produire des vins plus frais avec un peu moins d’alcool que ce qui peut se faire dans la région” poursuit-elle. Parce que l’alcool a tendance à empêcher le travail des levures indigènes qu’ils utilisent. Revendiquant en souriant le titre de plus haut vignoble de France, “nous avons des parcelles entre 600 et 400 mètres”, Solenn Génot concède que ce peut-être un pari. “Oui, avoir des vignes aussi haut nous oblige à assumer une part de risque parce que cela décale assez nettement la date des vendanges. Mais ce qui est aussi remarquable, c’est que la plaine a été victime chaque année d’un accident climatique qui est venu amputer les vendanges, que ce soit la grêle, la sécheresse, le gel cette année, alors que nos vignes sont jusqu’ici toujours passées au travers.”
Le domaine se distingue aussi par son encépagement, il conserve deux cépages rares, des obtentions de Paul Truel, le chasan pour le blanc et le chenanson pour le rouge qui, conjugués à l’altitude, rencontrent en franc succès sur le marché. Et pour l’avenir ? Solenn et Dominique Génot ont acquis plusieurs parcelles plantables en vigne qu’ils développeront quand ils en auront les moyens financiers. Mais l’avenir leur a déjà donné en grande partie raison.

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