Lettre à Greta [par Jean-Paul Pelras]

Mademoiselle,
considérant votre popularité et la dimension des causes que vous défendez, j’ai pris un peu de temps pour m’intéresser à vos récentes déclarations. Lesquelles concernaient, entre autres, l’agriculture et l’alimentation. Deux sujets que je connais un peu, tout d’abord pour avoir pratiqué le métier et, ensuite, car je ne dédaigne pas les plaisirs de la table dès qu’advient l’heure de se sustenter.
Vous avez, à ce titre et à l’occasion de la Journée sur la biodiversité, publié une vidéo qui m’a quelque peu contrarié. Car vous remettez en cause les pratiques agricoles permettant de nourrir 7 milliards d’individus. Vous déclarez à ce propos : “Si nous continuons à produire des aliments comme nous le faisons, nous détruirons également les habitats de la plupart des plantes et des animaux sauvages, ce qui conduira d’innombrables espèces à l’extinction. (…) La façon dont nous cultivons et traitons la nature – en abattant les forêts et en détruisant les habitats – crée les conditions parfaites pour que les maladies se propagent d’un animal à l’autre et à nous”.
Et vous rajoutez : “Lorsque nous pensons aux vilains de la crise climatique, nous pensons bien sûr aux entreprises de combustibles fossiles, mais l’agriculture et l’utilisation des terres représentent ensemble environ un quart de nos émissions, ce qui est énorme”.
Des “vilains”, voilà ce que, par voie de conséquence, sont devenus ces paysans qui garantissent pourtant l’autosuffisance des populations mondiales. Des vilains jugés par une jeune fille au regard sévère qui fait désormais autorité dès qu’il s’agit d’aborder la survie de tout ce qui existe sur terre. Votre parole, mademoiselle, fait trembler les puissants, elle est attendue des sommets de l’ONU à ceux de la Cop, tout comme elle est (hélas) entendue par des millions de militants.
Mais savez-vous seulement ce qu’est un paysan ? Avez-vous mesuré la portée d’une telle déclaration ? Qui êtes-vous, jeune fille, pour menacer le coq au vin, le pot au feu, le cassoulet, le tournedos, le bœuf bourguignon, la baguette de pain, l’aligot ? Avez-vous jamais dégusté un poulet basquaise, une bouillabaisse, une ratatouille, une blanquette de veau, une choucroute, une mouclade charentaise ?
Probablement pas, car vous sauriez alors que l’on ne provoque pas impunément ce qui fait le bonheur du palais, ce qui sublime le quotidien des gourmets, ce qui procure l’antidote contre la déprime et la morosité.
Vous rajoutez dans votre propos : “La crise climatique, la crise écologique et la crise sanitaire sont toutes liées entre elles”. Votre expertise en la matière, du haut de vos 18 ans, ne faisant plus aucun doute, nous devons en déduire que lorsque quelqu’un s’autorise un verre de Côtes du Roussillon pour accommoder un faux filet accompagné d’un gratin dauphinois, il est en partie responsable de la montée des océans et du déplacement intempestif d’un pangolin chinois.
Le problème, voyez-vous, c’est que vous venez de franchir un nouveau palier. Celui qui tend à stigmatiser encore un peu plus le monde agricole dans une surenchère écologiste totalement disproportionnée. Disproportionnée car, dans votre désir d’équité et d’humanisme, vous oubliez, depuis votre Suède natale et les voiliers sur lesquels vous aimez naviguer, les préoccupations de tous ces peuples qui doivent leur salut au maintien et au développement des activités agricoles.
Cette forme de décroissance que vous prônez en diabolisant l’alimentation telle que nous la produisons aujourd’hui constitue, à bien y regarder, un réel danger pour l’avenir des populations qu’il faut nourrir tous les jours de l’année et aux quatre coins du monde. Sans bricoler, sans faillir, sans interrompre le flux qui suscite révoltes et famines quand la nourriture vient à manquer.
Essayez donc, avec vos petits camarades écologistes, de relever ce défi ailleurs que dans des vidéos, sur des tribunes, ou du haut de quelques “sommets”. Essayez seulement de produire ce qui peut vous nourrir.
Et ensuite, quand la faim viendra serrer votre estomac, vous comprendrez peut-être que les vilains ne sont pas forcément ceux qui remplissent votre garde-manger, dans le confort de quelques idées opportunément venues du froid !

5 thoughts on “Lettre à Greta [par Jean-Paul Pelras]

  • 26 mai 2021 à 17 h 35 min
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    Elle a bien raison! J ai hâte de me nourrir de capsules de produits chimiques fabriquées en Chine par des industriels, de voir des friches à la place des champs cultivés, de ne plus voir que des loups au lieu de vaches et moutons dans les prés, mon seul soucis, comment continuer à boire de l eau sans détruire la planéte???

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    • 28 mai 2021 à 9 h 56 min
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      Bonjour
      Dans les propos que vous reprenez de Greta, je ne vois pas en quoi elle critique l’agriculteur ou votre boeuf bourguignon. Son propos n’ est-il pas simplement de dire : essayons d’améliorer notre agriculture pour qu’elle soit plus respectueuse du vivant : moins de chimie, moins de mono culture… n’ est-ce pas justement redonner ses lettres de noblesse à l’agriculture ?

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  • 27 mai 2021 à 13 h 46 min
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    Je suis tout à fait d’accord avec les termes de votre lettre adressée à cette jeune fille. Libre à elle si elle veut suivre un régime strict, mais libre à nous si nous voulons manger du cassoulet, de la langouste, du gratin dauphinois, etc, etc. Il y a assez de pauvres gens, sur notre terre, qui ne mangent pas à leurs faims… Mademoiselle Greta ..et consorts.. n’ont qu’à les rejoindre et les aider.

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  • 28 mai 2021 à 20 h 29 min
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    Jean-René Gouron
    Bonjour et merci monsieur Pelras pour vos éditoriaux
    Je suis aussi un agriculteur et je dois dire que les donneurs de leçons sont légions. Personnellement je réfléchis et je croise mes informations plusieurs fois avant de me permettre un avis sur une activité que je ne maîtrise pas , à défaut ce serait apparaître comme un perroquet…Concernant notre métier d »agriculteur , nombreux sont ceux qui s’imaginent qu’à notre place , ils feraient « merveille » mais qu’attendent-ils pour nous montrer comment ils s’arracheraient leur niveau de vie actuelle ou tout simplement comme vous le dites, leur pitance quotidienne de la terre..? Pour être crédibles , il serait bien que les donneurs de leçons se transforment d’abord en donneurs d’exemples….mais attention , ils doivent savoir qu’il leur faudra de la patience , de l’humilité et sans jamais oublier que la terre est basse…

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  • 29 mai 2021 à 21 h 03 min
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    Jean Paul tu as bien de la chance de pouvoir répondre a des c……ie parele je te suit de tous cœur

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