Parce que rien n’est jamais simple 2022 – #31 [par Yann Kerveno]

Reprise des exportations ?

Le chaud, le froid. On a bien vu, depuis le début de la guerre, que l’armée russe ne fait pas grand cas des règles ou des accords ponctuels passés. Ainsi, la semaine dernière, un accord fut trouvé entre Ukrainiens et Russes pour que puissent reprendre les exportations de céréales. Le monde entier a salué cette “pause” et les marchés à terme de céréales se sont détendus d’un coup. Mais quelques heures plus tard, l’armée russe prenait soin de bombarder, d’un missile, le port d’Odessa, principale porte de
sortie des céréales ukrainiennes. Pour autant, les autorités ukrainiennes s’en remettaient à la communauté internationale et continuaient de préparer les premières expéditions de céréales par bateau. À la mi-juillet, les agriculteurs ukrainiens de la région de Dniepopetrosk étaient parvenus à moissonner 833 000 tonnes de blé et 364 000 tonnes d’orge, selon le gouvernement militaire de la région. Si les prévisions tablent, pour cette zone, sur 3 millions de tonnes de céréales, 12 000 hectares minés ne pourront être moissonnés et 400 hectares sont partis en flammes sous les bombardements.

Investissements indiens dans les engrais

Il faudra aussi garder un œil sur le changement de doctrine en Inde. Le gouvernement veut, en effet, se mettre à l’abri des sursauts des marchés des engrais en contractualisant avec ses fournisseurs sur du long terme et en investissant directement dans les outils de production, comme l’a expliqué le ministre indien de l’Industrie Mansukh Mandaviy. Sont notamment envisagées des prises de participations par les industriels indiens des engrais dans des mines au Sénégal ou en Arabie saoudite.

Et les eaux usées ?

En attendant, l’été 2022 nous propulse dans le climat du futur et il ne va pas falloir traîner pour développer ou trouver des solutions pour maintenir les productions agricoles dans certaines zones. Au hasard, chez nous par exemple. Le site Modern Farmer pose une question intéressante dans un papier publié tout récemment : pourquoi n’utilise-t-on pas les eaux grises en provenance des éviers, douches et machines à laver pour les réutiliser dans les jardins ou sur les cultures dans les zones les plus arides ? La “réuse”, c’est le terme qu’on emploie, est envisagée seulement, pour l’instant, dans nos contrées avec les eaux de station d’épuration pour irriguer la vigne, par exemple, comme c’est le cas à Roquefort des Corbières et dans le Narbonnais. Développée à l’échelle des habitations individuelles, comme c’est le cas en Californie où une société a développé plus de 600 microsystèmes, cette “réuse” permet d’arroser les jardins à moindres frais et pourrait soulager nos nappes phréatiques d’une partie des usages “récréatifs” de l’eau.

Arbitrage difficile

Puisque rien n’est jamais simple, faisons un saut en Allemagne. Il ne vous a peut-être pas échappé que le pays est sous la menace de ruptures de charges énergétiques en raison de sa trop grande dépendance au gaz russe dont le robinet pourrait être coupé. Comme le pays est aussi engagé sur une sortie toute prochaine du nucléaire, il doit mettre les bouchées doubles sur les autres sources d’énergie, en particulier les éoliennes. Le problème, parce que rien n’est simple, c’est que la législation qui encadre le développement de l’éolien en Allemagne est très protectrice de la faune et est vue, par les industriels du secteur, comme une entrave. Après d’âpres négociations, un accord a été trouvé récemment, rapporte Euractiv, pour faciliter l’implantation des champs d’éoliennes. En modifiant, en particulier, les méthodes de calculs du risque de collisions avec les oiseaux.

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