Parce que rien n’est jamais simple #2 [par Yann Kerveno]

Il a été beaucoup question des engrais azotés de synthèse ces derniers jours… L’étincelle est venue d’une proposition d’amendement déposée par la députée bretonne Sandrine Le Feur, par ailleurs agricultrice bio, de taxer de 27 centimes d’euros la tonne d’azote de synthèse dans le cadre de la loi climat. Ce qui dégagerait plus de 600 M € qui seraient “fléchés” vers les agriculteurs pour les “aider à la transition écologique”. Évidemment, le monde agricole s’est élevé contre cette disposition, finalement repoussée par les députés. Sur les réseaux sociaux, les agriculteurs sont aussi montés au créneau pour protester avec les arguments habituels de perte de compétitivité. D’autres ont ironisé en expliquant qu’il fallait qu’on leur explique comment on pouvait vouloir réduire la consommation, voire prôner la fin des engrais azotés de synthèse et, en même temps, réduire l’élevage qui pourrait fournir les apports azotés aux cultures…

Prochain cheval de bataille ?

D’autres ont rappelé que l’azote de synthèse servait aujourd’hui à nourrir 3,5 milliards de terriens… D’autres encore ont ajouté qu’on avait aujourd’hui les moyens de calculer au plus juste les apports pour limiter les lessivages et le gaspillage… En appui de cette offensive, comme souvent, le service planète du Monde a publié un article à charge au titre flippant “La face cachée des engrais azotés” (hommage à Élise Lucet ?) et une tribune pour dénoncer la surconsommation d’azote… Voilà que se dessine probablement le prochain cheval de bataille de l’écologie politique française sur fond de décroissance. En Afrique de l’Ouest, l’augmentation récente du prix des engrais pourrait avoir des conséquences importantes sur la qualité et la quantité des prochaines récoltes.

Et en Afrique alors ?

À plus de 600 $ la tonne, le phosphate diammonique (DAP) ne leur est plus accessible, pas plus que l’urée ou les engrais azotés, a rapporté Radio France Internationale (RFI). Le Burkina Faso, le Togo ou le Mali n’ont quasi-pas acheté d’engrais ces derniers mois, laissant craindre pour la campagne en cours, alors que les agricultures de la région consomment huit fois moins d’engrais que la moyenne mondiale.

141 millions de tonnes de soja

La production de tomate se réduirait-elle peu à peu à peau de chagrin en Espagne ? C’est l’opinion du magazine FreshPlaza qui constate que les surfaces consacrées à la tomate reculent d’année en année au profit du Maroc et des Pays-Bas et la campagne 2021 ne va pas arranger les choses avec deux mois “terribles” sur le marché, janvier et février… La conversion des producteurs vers d’autres espèces (concombres, poivrons…) devrait donc se poursuivre. Pendant ce temps-là, le Brésil pourrait récolter 141 millions de tonnes de soja cette année, selon les statistiques du ministère américain de l’Agriculture (USDA) et l’Académie d’agriculture s’est penchée sur le projet d’autonomie protéique porté par le gouvernement pour proposer des pistes.

Insectes dans nos assiettes

Elle signale que pour se passer du soja (3,5 millions de tonnes consommées provenant à 60 % du Brésil), il faudrait modifier profondément la ration des animaux et mobiliser deux millions d’hectares à cette fin. Un million pour des prairies riches en
trèfles et luzerne et un million pour les cultures de “graines” soja, lupin, féveroles… Tiens, puisqu’on en est à causer protéines, il se parle beaucoup des insectes comme futurs ingrédients pour l’alimentation humaine, la start-up française Ynsect, qui s’était concentrée jusqu’ici à produire des protéines à base d’insectes pour l’alimentation animale, vient de racheter le néerlandais Protifarm, spécialiste de la production d’insectes pour la consommation humaine. Ynsect espère pouvoir ainsi produire 230 000 tonnes d’aliments par an. Bon appétit !

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