P.-O. : les fruits de fin d’année sont prêts [par Yann Kerveno]

Avec les fêtes de fin d’année, kiwis et clémentines s’invitent sur les tables dans les corbeilles de fruits… Si le kiwi est présent de longue date dans les Pyrénées-Orientales, la clémentine pourrait bien s’y faire une place…
Paul Pelissier

Le changement climatique est délétère pour l’agriculture en général mais peut, dans les interstices du hasard, se révéler profitable à certaines cultures. C’est le cas de la clémentine dont plusieurs vergers en plein air ont vu le jour ces dernières années dans la plaine du Roussillon. À Camélas, Paul Pélissier a planté un hectare en janvier dernier, convaincu par cinq années de tests sur sa propriété. Le secret ? Trouver les variétés adaptées, celles qui donneront des fruits récoltables avant la mi-janvier, au plus tard, et les gelées parfois fortes qui peuvent survenir à cette période. Les deux variétés qu’il a plantées en guise de test viennent d’Espagne, Clemenules et Oronules et doivent permettre d’éviter le pire avec une récolte au plus tard fin décembre. “C’est une diversification intéressante pour nous, elle vient compléter le calendrier sans entrer en concurrence avec d’autres fruits” explique-t-il. “D’autres se sont diversifiés dans l’amande, la noix, la grenade, nous, c’est la clémentine” sourit-il avant d’ajouter, “mais du coup, dans le secteur, je suis le premier à commencer par la cerise et le dernier à finir avec les clémentines”. Dans ses traces, d’autres arboriculteurs de Coop Roussillon (Latour) ont aussi décidé de planter des clémentines.

Sécateur de vigneron

Au total, la coopérative pourra compter sur 4,5 ha dans deux ans, à la première récolte, soit autour de 80 tonnes de clémentines conduites en bio. Conduite d’ailleurs assez proche de procédés connus dans la région. La taille consiste essentiellement à éclaircir l’intérieur de l’arbre, la floraison est hyper abondante, “il se dit que les arbres donnent un fruit pour mille fleurs” précise-t-il encore. Et la récolte s’effectue, avec tige et feuilles, à l’aide d’un sécateur de vigneron à bout rond pour ne pas écorcher les fruits quand ils sont en grappe. Selon les premières analyses menées par Paul Pélissier, le coût de production pourrait être égal à celui observé en Corse. “Pour un arboriculteur confirmé, la clémentine ne pose pas de soucis particuliers” ajoute Jean-François Cottin, directeur de Coop Roussillon…

Non loin de là, le kiwi n’a plus de secrets, ou presque, pour Bruno Lopez. À Corbère, c’est son père qui a planté le premier verger de l’exploitation, il y a quarante ans, suivant d’assez près les précurseurs landais qui s’y intéressèrent dès le début des années soixante-dix. Les quelques ares sont devenus hectares, il en possède aujourd’hui 3,5 et va de nouveau planter cet hiver. “C’est un arbre qui se comporte un peu comme la vigne, c’est une liane, ce n’est pas compliqué à suivre” explique-t-il. Son verger ne comprend que la variété classique, le Hayward, qui vient compléter, comme chez Paul Pélissier, la production de pêches, d’abricots et de pommes…

Racines fragiles

Bruno Lopez

“Je me suis intéressé aux nouvelles variétés, en particulier le kiwi jaune, mais c’est un club, je ne pouvais pas commercialiser moi-même les fruits, alors j’ai laissé tomber” raconte Bruno Lopez. De fait, il travaille sur Saint-Charles, avec l’UDSIS (les cantines scolaires du département). Ce qu’il retient de sa longue expérience et de son passage en bio, ce sont les difficultés posées par ces arbres palissés à deux mètres de haut. “Le désherbage est problématique, au moins autant que l’application des engrais selon les règlements bio… Ce sont des arbres qui ont un système racinaire fragile, qui reste en surface et qui n’aiment pas qu’on y touche.” Pour l’entretien et la gestion de l’herbe, il a même fait l’acquisition d’une tondeuse débroussailleuse uniquement dévolue à cette culture. La récolte s’effectue toujours après le 2 novembre. “Nous attendons pour avoir le taux de sucre suffisant, c’est 7 degrés brix, je ne le mesure pas systématiquement mais quand je le fais, en récoltant en novembre, je suis plutôt entre 11 et 12°” précise-t-il. Avec les années, il a affiné la conduite du verger, le placement des arbres mâles au milieu des femelles, un pour six ou sept femelles, les abeilles indispensables à une bonne pollinisation… Et l’irrigation en microjets, tout aussi indispensable que pour les clémentines.

Enfermés dans un sac

Avec ça, les arbres sont de grande longévité, les premiers plantés il y a quarante ans sur son exploitation produisent toujours, pas forcément au niveau de leurs belles années mais de façon respectable tout de même, jusqu’à 50 kg de fruits par arbres. Et Bruno Lopez de rappeler que pour faire mûrir les kiwis en quatre ou cinq jours, il faut les mettre avec des pommes, mais “enfermés dans un sachet” parce que dans le saladier, l’éthylène dégagé par les pommes se dissout dans l’atmosphère et n’est d’aucune utilité !

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