Lettre à Willy Schraen, chasseur sachant “marcher” [par Jean-Paul Pelras]

Monsieur,
voilà, c’est fait, vous avez donc récemment déclaré, urbi et orbi, vouloir voter Macron dès le premier tour, condamnant d’emblée les candidatures de Le Pen, de Jadot et de Mélenchon pour leurs positions anti-chasse. Vous auriez pu opter pour Lassalle ou Roussel qui soutiennent l’activité que vous présidez, mais, prudent et après avoir jeté un œil sur les sondages, vous avez choisi le président sortant. Dans un entretien au journal Le Parisien vous avec déclaré “On doit peser dans le vote”. Et c’est là, avec ce “on”, justement, que la confusion s’installe, car elle sous-entend une forme de prosélytisme, une suggestion, un encouragement à suivre votre choix, votre éclectisme, votre agrément.

Censé représenter presque 1,2 millions de chasseurs, ce cri du cœur envers celui qui, selon vous, “mettra toute son énergie pour répondre à nos demandes” pourrait bien, et vous le savez, susciter une certaine adhésion dans le milieu que vous représentez. S’il s’agit, à contrario, d’une option personnelle dictée par une conviction qui le serait tout autant, compte tenu de vos responsabilités vous n’êtes pas sans savoir les limites qu’impose l’étanchéité des mandats socio-professionnels. En d’autres termes, vous appelez sans détour à voter pour un candidat en particulier.
Un mélange des genres qui nuit à la sérénité de cette élection, avec le parti pris manifeste de certains médias, avec la porosité des partis politiques, avec bon nombre d’élus qui s’en donnent à cœur joie pour migrer du côté de celui qui entend renouveler l’exploit.

Entre guérets et layons, à peine embusqué, vous avez donc misé sur celui qui ne serait pas défavorable à un ministère de la Ruralité. Lequel engloberait agriculture, chasse, pêche, forêt et pourquoi pas environnement, bien que ce lobby ne soit pas forcément compatible avec les précédents. Pour gérer l’affaire, qui d’autre que vous serait, finalement, le mieux pressenti ? Vous déclariez d’ailleurs à La Dépêche en novembre dernier “Évidemment que ça tente, la politique. Un ministère de la Pêche n’a aucun intérêt, mais un ministère de la Ruralité et de l’Agriculture, j’en serai ravi”.

Ouvrons ici une petite parenthèse pour nous demander si, du côté de l’agriculture, d’autres, comme vous aux responsabilités sur les arpents champêtres, n’ont pas déjà commencé à lorgner du côté de la rue de Varenne le petit portefeuille des (re)connaissances planifiées.
Chasse et paysannerie étant, je le concède, complémentaires, tant que vos ressortissants parviennent à prélever le gibier pour juguler la concurrence fourragère des longues pattes et les dégâts, de plus en plus prégnants, causés dans les vignes par les sangliers. Une éventuelle nomination qui ne ferait pas pour autant l’unanimité du côté des agriculteurs, le challenge n’étant pas toujours à la hauteur du résultat escompté. Mais qu’à cela ne tienne, car, si votre favori est reconduit, vous deviendrez à la chasse ce que la justice est à Dupond Moretti. Autrement dit, un prolongement naturel de la responsabilité, celui qui mène de la cynégétique à la politique, la conséquence idoine du chasseur sachant “marcher”.

Reste à savoir, bien évidemment, ce qu’il adviendra de ces élections comme de ceux qui ont choisi, peut-être un peu trop vite, leurs idoles. En espérant, car c’est dans l’air du temps, qu’ils pourront toujours, le cas échéant, changer leur fusil d’épaule.

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