Football : des morts sous la pelouse ! [par Jean-Paul Pelras]

Alors que le gestionnaire du Réseau de transport d’électricité (RTE) demandait à chaque foyer français d’éteindre une ampoule lundi afin de réduire la demande énergétique en cette journée de grand froid, nous apprenons que certains supporters français, considérant le coût des hébergements au Qatar, envisagent de faire l’aller-retour pour chaque match entre la France et Doha à l’occasion de la Coupe du monde de foot qui doit se dérouler du 21 novembre au 18 décembre 2022. Les écologistes, sur ce point comme sur celui des climatisations géantes devant être utilisées lors de cette compétition, monteront-ils au créneau pour dénoncer ce type d’aberration, comme ils le font dans les pays occidentaux pour imposer abusivement leurs dogmes et leurs idéaux ?

Sachant que le Qatar consomme 45 tonnes de CO2 par personne et par an alors que ce ratio n’est que de 5 tonnes en France et de 0,5 tonnes dans certains pays africains. Un détail pour les princes arabes et pour les organisateurs d’une Coupe du monde qui risque de battre tous les records d’indécence et de provocation réunies, au nom du sport, ou de ce qu’il en reste une fois franchies les limites du mépris. Car si, comme l’a rappelé The Guardian récemment et comme le dénonce régulièrement Amnesty international, 6 500 ouvriers auraient trouvé la mort sur les chantiers durant la mise en place de cette compétition, c’est le sang de ces pauvres gens qui sèche dans le béton des stades dédiés au ballon rond.

Quand ils poseront leur cul sur le dernier souffle des ouvriers asiatiques ou népalais

Ceux qui, parmi les dirigeants des pays démocratiques, iront inaugurer le Mondial, vont-ils se rappeler, en prenant place dans les tribunes, qu’ils posent leur cul sur le dernier souffle des ouvriers asiatiques ou népalais ? Ou bien, détourneront-ils leurs regards pour éviter l’incident géopolitique, comme ils l’ont fait lorsqu’un journaliste est sorti d’un consulat, découpé en morceau dans une valise diplomatique.
Des joueurs milliardaires, une débauche de luxe et de pratiques inhumaines, une caution internationale offerte sciemment au pays organisateur de ces jeux, alors que le Qatar exécute les homosexuels, pratique la charia et prive les femmes de nombreuses libertés, voilà ce que la FIFA n’a pas voulu regarder. Pas plus qu’elle ne s’apitoie sur le sort de ceux qui ont construit les stades, les infrastructures routières, les hôtels… Moyennant, pression médiatique oblige, un salaire de 230 euros par mois.

Madame la ministre des Sports, Monsieur le président de la République, Mesdames et Messieurs les dirigeants de pays libres, pouvez-vous décemment accepter cette mascarade, cet affront fait à celles et ceux qui sont censés dénoncer la misère, la corruption et la persécution ? Le sport, celui des caprices et de l’argent, peut-il se compromettre dans ces accommodements ? Quelles gloires les célébrités du football pourront-elles tirer de ces victoires remportées sur les pelouses de l’esclavage et de la mort ?
Une enquête, classée sans suite depuis, avait été lancée en 2019 visant des accusations de travail forcé à l’encontre d’une société française de BTP. L’association Sherpa ayant dénoncé des conditions de travail indignes pouvant atteindre 77 heures par semaine, avec confiscations de passeports pour les migrants et hébergements insalubres.

Mais que vaut le doute quand il s’agit de sport ? Pensez-y quand même quand vous regarderez les retransmissions télévisées, quand vous vous rendrez dans un aéroport, ou quand vous prendrez votre ticket à l’entrée d’une autoroute !

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