Lettre à Coralie Dubost, députée “culottée” [par Jean-Paul Pelras]

Madame,
n’en déplaise à l’acteur Gérard Darmon, sans mes confrères de Mediapart, nous n’aurions peut-être jamais pu prendre la mesure de notre générosité à votre égard. Je veux parler bien entendu de celle du contribuable français envers l’une de ses députées, ex compagne du ministre la santé Olivier Véran,  qui perçoit tout de même 7 239 euros brut par mois d’indemnité parlementaire auxquels il faut rajouter une avance de frais de mandat, également mensuelle, de 5 373 euros.
Évidemment, vous n’êtes pas la première à confondre l’argent public avec vos propres deniers. Et, comme De Rugy avec ses crustacés, vous avez eu la malchance de vous faire remarquer sur les arpents du luxe et de ce commerce non essentiel où vous êtes allée musarder.

Présidente déléguée, aux côtés d’Aurore Bergé et de Christophe Castaner, du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale, vous avez, de toute évidence, été balancée au déontologue du Parlement par cinq anciens assistants mécontents du traitement que vous leur avez infligé. Vous auriez même, selon le syndicat qui les représente, “usé” 15 de vos collaborateurs depuis votre élection en 2017. Nonobstant cet impressionnant renouvellement, vous avez donc été épinglée pour “l’utilisation dispendieuse de vos frais de mandats et la gestion humaine de certains collaborateurs”. Lesquels, utilisés pour aller récupérer vos affaires dans les pressings ou chez les cordonniers, évoquent des propos et des comportements dévalorisants alors que, de votre côté, vous leur prêtez une certaine incompétence pour ne pas avoir su vous renseigner correctement sur les lignes budgétaires et éthiques qu’il ne fallait surtout pas outrepasser.

Comment, à ce titre, ne pas douter de l’efficacité de nos parlementaires quand, à défaut de savoir gérer un pays, certains ne savent même pas établir une différence entre ce qui est payant et ce qui est gratuit. Gratuit, comme ces dépenses mensuelles comprises entre 1 500 et 2 000 euros, ces frais de restaurants, ces achats en ligne, ces avances de trésoreries, ces emplettes effectuées pour égayer votre garde-robe et votre intime lingerie. Alors, bien sûr et après avoir soi-disant remboursé une partie de ces “dépassements”, vous avez déclaré que vous ne portez pas les mêmes affaires dans votre “tenue perso” et dans votre “tenue de mandat”.

Il est vrai qu’avec presque 2 900 milliards de déficit public, la France peut se permettre le choix de ses emplettes et de quelques réunions de travail rebaptisées “team building” quand elles sont organisées dans des adresses étoilées ou, du côté de Palavas, sur des plages privées. Cette France et ces Français à qui, chaque soir au journal de 20 heures, des présentateurs payés 50 000 euros par mois expliquent comment ils doivent se nourrir, se déplacer, se chauffer, se vêtir à moindre frais, en leur fournissant la liste non exhaustive de ce dont ils peuvent se passer. Cette France des élus privilégiés qui n’ont, comme vous Madame, aucune obligation de résultats, car équipés d’un mandat qui leur confère, soi-disant, une prétendue immunité. Ce qui n’a, hélas, pas empêché votre agression, lorsqu’en 2021, alors que vous veniez de vous sustenter dans un restaurant lutécien, des malandrins vous ont dérobé pour 15 000 euros de butin. Dont 2 000 euros en espèces et une Rolex qui, comme chacun le sait depuis que Ségala nous le fit remarquer, conditionne la réussite d’une vie, qu’elle soit publique ou privée.

Alors, bien sûr, certains trouveront encore que je chipote, qu’il n’y a pas de quoi en faire cinquante lignes, qu’une main lave l’autre dans les eaux polluées de la Seine comme sur les rives affriolantes de la Méditerranée. Seulement voilà, nous venons d’apprendre qu’Emmanuel Macron himself s’oppose fermement à votre investiture par la République en marche pour les prochaines élections. Message reçu, puisque vous venez d’annoncer votre retrait de la vie politique. Sage décision qui pourrait inspirer celles et ceux qui abusent un peu trop souvent des libations consenties par la République.

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