Medfel : jusqu’ici, tout va bien. Mais… [par Yann Kerveno]

Alors oui, les augmentations de coût vont peser sur toute la filière fruits et légumes, mais si le risque financier a été peu ou prou anticipé par les entreprises, celui des ruptures d’approvisionnement est, lui, ingérable… Ambiance.

Les calculettes ont ceci de constant que si vous entrez plusieurs fois les mêmes valeurs, elles obtiendront toujours les mêmes résultats. Quoi qu’on y fasse. Pourtant, les opérateurs de la filière fruits et légumes aimeraient parfois s’être trompés quand ils ont additionné toutes les augmentations des produits qu’ils utilisent. Prenons la coopérative Ille Fruits, mais les valeurs sont les mêmes pour tout le monde. Les équipes de Jean-François Not ont tenté de tout border pour l’année après un gros coup de chaud sur le concombre. “Le prix du gaz a été multiplié par deux et demi par rapport à l’an dernier” détaille le président de la coopérative illoise. “L’an passé, pour chauffer nos serres à concombre, nous en avons eu pour 197 000 euros. Cette année, la facture du seul mois de janvier s’élève à 194 000 euros, nous allons finir la campagne à un demi-million d’euros pour le seul poste gaz” calcule-t-il. Par chance, les conditions de marché ont été très bonnes, avec une moindre production en Europe et des prix restés élevés cet hiver et au début du printemps. “Cela nous permet de ne pas perdre d’argent, mais nous n’en gagnons pas avec cette production cette année. Et nous attendons encore de connaître le détail des mesures d’aides qui ont été annoncées.”

La double peine du carton

Pour la campagne d’été, il va falloir jongler avec le prix du carton, du plastique, des palettes, et surtout tenter de ne pas subir de ruptures d’approvisionnement. La coopérative a anticipé avec ses fournisseurs et espère ne pas avoir de pépin. Au total, François Bes, directeur d’Ille Fruits, estime de 15 à 20 % l’augmentation du prix de revient des fruits d’été soit une dizaine de centimes au kilo. “Les cartons, c’est 20 à 30 % d’augmentation depuis le début de l’année” précise-t-il. De quoi pester un peu plus contre la loi qui interdit désormais le recours aux emballages en plastique pour les petits conditionnements. “C’est aberrant pour plusieurs raisons” reprend Jean-François Not. “D’abord parce que les plastiques que nous utilisions étaient des plastiques recyclés, donc nous n’ajoutions rien à ce qui existe déjà. Ensuite, le carton n’offre pas les mêmes caractéristiques de conservation ni de transport. Pour le même volume de produits, il faut six fois plus de place pour les transporter. Donc vous augmentez d’autant la facture du transport qui a déjà explosé avec l’augmentation du prix du gas-oil.”

Tous les secteurs

Directeur de la Coopérative Latour, Yannick Chevrier raconte qu’il a tenté, comme à Ille Fruits, de tout border pour ne pas se retrouver en panne d’emballages pendant la saison d’été. “Ce qui est inquiétant, à mon sens, c’est que ce n’est pas qu’un problème conjoncturel, en particulier pour les approvisionnements et que nous risquons d’y être confrontés pendant un moment.” Et cela touche tous les secteurs sans exception : “Nous avons eu une unité frigo en panne et il a fallu plusieurs semaines pour que nous trouvions les composants qui permettent de la remettre en route” ajoute François Bes. Il faudra donc espérer que les prix soient bons tout au long de la campagne. Au moins au prix moyen de l’an dernier pour Jean-François Not. Dans les allées du Medfel, Cyril Gorne, directeur de Saint Charles, estimait que les conditions étaient réunies pour que les prix se tiennent.

Que la campagne soit bonne

“En tomate, les Marocains ont fait de la rétention pour privilégier leur marché intérieur et comme les Hollandais ont moins produit à cause du prix du gaz, il n’y a pas d’embouteillage.” Un peu à la manière de ce qui s’est passé en concombre. Il ne croit pas à un éventuel décalage de production qui amènerait tous les bassins sur le marché en même temps. Du côté des fruits à noyau, la demi-récolte d’abricots prélevée par le gel en Espagne, avec une probable duplication sur la pêche dont les prévisions seront connues dans trois semaines, peuvent laisser espérer une campagne fluide. Et déjà, les opérateurs tentent de se projeter sur l’année prochaine. Et là, personne ne se hasarde à faire de pronostics, que ce soit pour les appros ou les prix des intrants.

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