Lettre à Cécile Duflot à propos de nos factures d’électricité

Madame,
faisant référence au col roulé de Bruno Le Maire qui, soit dit en passant, une maille à l’endroit, une maille à l’envers, habille et déshabille l’actu depuis plus d’une semaine, vous avez récemment déclaré : “C’est très simple de savoir si vous êtes trop chauffés, si vous ne supportez pas votre pull, c’est qu’il fait trop chaud chez vous”. Ancienne députée, mais aussi ministre, conseillère régionale et actuellement directrice de l’ONG Oxfam France, vous êtes, bien sûr, hautement qualifiée pour prodiguer aux Français quelques indispensables conseils sur ce qu’ils doivent, ou non, porter. Et ce, depuis ce 17 juillet 2012 où, alors ministre du Logement, vous avez dû affronter les sifflets inacceptables de quelques députés ayant jugé votre robe à fleurs inappropriée aux “us et costumes” de l’Assemblée. Les cuistres ayant fini par accepter lesdits motifs champêtres, puisque le vêtement en question fit son grand retour sur les bancs du palais Bourbon le 28 juin 2022, porté cette fois ci, et sans que cela ne suscite la moindre émotion, par une autre écologiste, Marie Charlotte Garin.

Cette penderie étant refermée, rassurez-vous Madame Duflot, je ne suis pas venu ici uniquement pour parler chiffons. Mais pour m’adresser à celle qui porte une part de responsabilité dans les déboires énergétiques que nous traversons. Pour mémoire (et pour faire court), nous payons l’électricité au prix fort car nous revendons à bas coût notre énergie nucléaire à des fournisseurs alternatifs qui n’hésitent pas à spéculer en exploitant, sur des périodes ciblées, les travers de la Loi Nome (Nouvelle organisation du marché de l’électricité) et surtout du dispositif Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique).

La faillite de cette braderie imposée par Bruxelles ne pouvant être compensée par le bénéfice des énergies renouvelables totalement incapables, et nous le voyons ces jours-ci, de répondre à la demande, il faut donc envisager la relance de 32 réacteurs nucléaires. Et même peut-être, comme ont du s’y résoudre les Allemands, pourtant biberonnés aux vertus environnementalistes, quelques centrales à charbon. Un scenario kafkaïen qui a même obligé, l’hiver dernier, EDF à racheter 6 fois plus cher l’électricité qu’elle avait vendue à ses concurrents pour la lui rétrocéder afin que puisse être respecté le Code de l’énergie et que puissent être mis en place les prémices du bouclier tarifaire. Un écheveau, puisque nous en sommes à détricoter les acquis industriels de notre pays, j’en conviens, bien difficile à démêler. Et pourtant, Madame l’ancienne ministre de l’Égalité des territoires, tout pourrait être beaucoup plus simple et surtout beaucoup moins coûteux pour le contribuable si les écologistes dont vous vous revendiquez depuis des années, n’étaient venus fourrer leur nez dans nos compteurs électriques et dans ce qui permet de les alimenter.

Pour mémoire, c’est en tant que secrétaire générale du groupe Europe écologie les verts, que vous avez négocié, en 2012, un accord politique avec le Parti Socialiste et donc avec François Hollande, prévoyant la fermeture de Fessenheim. Un démantèlement qui fut entériné par le gouvernement au sein duquel vous avez, de facto, pu siéger dans la foulée et où, avec Hulot, vous avez pesé de toutes vos forces pour que le parc nucléaire français soit réduit de 50 %.
Vous ne saviez peut-être pas à l’époque que cette énergie était décarbonée et qu’elle permettait aux Français de payer une électricité relativement bon marché. Une nuance qui vous échappe encore certainement, trop préoccupée que vous êtes ces jours-ci par vos tweets adressés, photo à l’appui, au ministre de l’Économie : “Cher Bruno Le Maire, pour le pull en journée vous avez raison, (les 19 degrés max sont un vrai gisement d’économie d’énergie) mais le matin, ça a aussi des implications, je me demande : est-ce que, vous aussi, vous avez un peignoir en polaire (et si oui, rose aussi) ?”

Reste à savoir si, quand les politiciens du moment en auront fini avec leurs recommandations infantilisantes et puériles, ils se décideront enfin à considérer les véritables intérêts de notre pays.

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