Constance et Terrassous : le pari gagné du marselan [par Yann Kerveno]

Choisir un nouveau cépage pour développer des cuvées nouvelles implique une part de risque. Mais le jeu en vaut la chandelle.

Il y a une quinzaine d’années, la cave de Terrassous a fait le pari du marselan, “un projet de cave” comme le qualifie son président, Patrick Mauran. “Nous étions en recherche de produits nouveaux, de typicité aussi et nous avons passé en revue beaucoup de solutions possibles, mais celle qui a retenu notre attention, c’est celle du marselan. Il a de très bonnes qualités organoleptiques, se comporte très bien sur nos terroirs et pouvait nous permettre d’entrer dans un créneau de marché où nous n’étions pas présents…” Si les non-initiés connaissent peu ou prou le nom des cépages internationaux, ils n’ont probablement jamais entendu parler du marselan en question. Et pour cause, le marselan est issu du croisement entre le cabernet sauvignon et le grenache noir, réalisé dans les années cinquante par les chercheurs de l’Inra basés dans l’Hérault.

“La petite bête”

“C’est un cépage qui donne d’excellents résultats chez nous, nous avons environ 25 hectares en production, quatre ou cinq plantés récemment. Nous parvenons en moyenne à 60 hectolitres par hectare” poursuit-il, se réjouissant que la totalité des adhérents de la cave dispose d’une parcelle de ce cépage. “Le deal de départ, c’est que nous puissions disposer de 10 hectares, pour avoir des volumes suffisants afin d’exister sur le marché. Et ce n’est pas anodin si nous en sommes là aujourd’hui” fait-il remarquer, “parce que lorsqu’on plante une vigne c’est pour toute sa carrière.” Le cépage ne vaut d’ailleurs pas que par ses qualités organoleptiques, il est intéressant aussi parce qu’il se vendange plus tardivement que les autres cépages. “Cela nous permet d’étaler un peu la vendange.” Associé à 50/50 avec de la syrah, le marselan a donc permis à la cave de Terrassous de composer une cuvée spécifique en IGP côtes catalanes, “La petite bête”, qui est vendue chez les cavistes, à l’export et en grande distribution. “L’assemblage avec la syrah nous a permis d’arrondir un peu le marselan et ses notes très épicées. Créer cette cuvée est aussi pour nous une façon de répondre à la complexité que peuvent représenter, pour nos clients, nos terroirs d’appellation à forte valeur ajoutée. C’est un peu comme le Rivesaltes, on aura plutôt tendance aujourd’hui à les proposer de façon simplifiée, par millésime plutôt que par teinte…”

Capsule et bouchon

Autre singularité, La petite bête est proposée en deux bouchages. “Nous avons opté pour une capsule à vis, c’est un système plébiscité par nos clients qui trouvent cela pratique, même si ce choix était osé. La petite bête est au-dessus du segment de prix dans lequel on retrouve habituellement les capsules à vis, en-dessous de 3 ou 4 euros. Cependant, nous avons quand même réservé un bouchage traditionnel à une partie de la cuvée pour ceux qui se montrent récalcitrants à la capsule !” Ce succès a-t-il donné d’autres idées aux vignerons de Terrassous ? “Nous continuons de chercher” précise le président de la cave. “Là, ce qui nous préoccupe, ce sont plutôt les hybrides, c’est ce que nous regardons depuis trois ans en dégustant dans différents centres de recherche, sur plusieurs millésimes. Nous cherchons un bon produit qui nous permette en plus de diminuer les traitements phytosanitaires, mais pour l’instant, nous n’avons rien trouvé qui nous convienne…”

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