Parce que rien n’est jamais simple #21 [par Yann Kerveno]

Emballement parlementaire

L’autre jour, le député européen Éric Andrieu s’est enorgueilli d’avoir contribué à l’autorisation, en Europe, de planter et vinifier des cépages hybrides américains (lambrusques x vitis vinifera) interdits sous nos contrées depuis 90 ans. Il s’agit en particulier du Jaquez, de l’Isabelle, de l’herbemont de l’othello et du noah. L’interdiction avait alors été justifiée par le danger que présentaient ses vins pour la santé (le noah avait pour réputation de rendre les gens fous). Mais certaines considérations protectionnistes ont alors certainement dû jouer, soyons francs. Il s’agissait aussi d’enrayer la surproduction française… Pour parvenir à ses fins au niveau européen, Éric Andrieu invoque l’adaptation du vignoble au changement climatique. Or, quand on se penche sur les qualités de ses cépages, il n’y a rien de vraiment tranchant en la matière si ce ne sont quelques résistances avérées aux maladies, mildiou et oïdium. Pour appuyer son tweet de victoire, le député européen relaie un article du New York Times, un reportage réalisé au fin fond des Cévennes chez quelques irréductibles, producteurs de vins nature, qui ont continué de produire du vin avec ces cépages, quitte, c’est écrit noir sur blanc, à contourner la loi.

Pourquoi pas chez eux ?

On en pensera ce qu’on veut et en attendant de goûter, on se demandera pourquoi les vignerons de la Napa Valley, de Sonoma ou de la Russian Valley et d’Oregon ne se servent pas de ces cépages, pour eux autochtones, pour produire leurs flacons. Et pourquoi ces winemakers qui vendent parfois chaque bouteille des centaines de dollars, préfèrent le pinot noir, le cabernet sauvignon ou encore le merlot ? Et on se demandera aussi perfidement si Éric Andrieu fait le tri entre les “bons” hybrides, pour faire des vins nature, et les “mauvais” hybrides des grandes cultures (maïs) souvent fustigés ?

La farce et le dindon

C’est tout aussi savoureux que cet appel des apiculteurs, ce cri de détresse, même, relayé par nos confrères de la France Agricole. Les apiculteurs, effondrés par l’étroitesse de leur récolte 2021 “réclament au monde agricole et au gouvernement de soutenir la culture de colza” pilier de la production du miel en France. Or le colza a beaucoup de soucis. C’est une culture difficile, le changement climatique en rend l’exercice encore plus complexe et elle est sensible aux ravageurs. Et il ne vous aura pas échappé que les colzas étaient une des plantes protégées par les néonicotinoïdes dont l’interdiction a été réclamée à cor et à cri par les… apiculteurs…

Le grand incendie du Var

Nous le laissions entendre dans la dernière livraison des échos, il y a bien une polémique autour du grand incendie de l’été dans le Var. À la suite des recherches menées par Pascal Pointud du mouvement pour la ruralité (ex-CPNT), nos confrères de Var Matin ont enquêté et découvert des tensions très palpables entre la direction de la réserve des Maures et le monde agricole. Qui reproche à la réserve de faire obstruction à l’entretien de l’espace, par broyage ou pâturage et la rend responsable, sinon de l’incendie, au moins de l’ampleur qu’il a pu prendre en laissant la nature libre de prospérer comme bon lui semble.

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