Carnet de vendanges : à Maury des rendements en dents de scie [par Yann Kerveno]

Le grand écart entre les parcelles sauvées et celles qui n’ont pu l’être restera la marque d’une année 2020 très difficile à la vigne mais prometteuse au chai.

Dans la plaine du Roussillon les vendanges sont maintenant bien avancées. La Chambre d’agriculture a d’ailleurs publié son sixième et dernier bulletin des contrôles de maturité de la saison (lire encadré). Pour autant, dans certains terroirs, comme dans la vallée de l’Agly, il reste beaucoup à faire. “Nous en sommes peut-être à un quart” estime Xavier Hardy, directeur de la cave de Maury. “Nous avons rentré les blancs, une partie des rosés et là nous attaquons les rouges” expliquait-il la semaine passée. “Comme nous avons commencé le 13 août, certaines vinifications sont déjà arrivées à leur terme et les premières choses que nous goûtons sont plutôt encourageantes.” “Nous avons récolté, pour l’instant, un peu plus tôt que d’habitude les blancs et les rosés pour avoir des degrés plus bas” poursuit-il, “et sur les blancs, il y a de la fraîcheur avec des degrés entre 13 et 13,5. C’est optimal pour coller à la demande des consommateurs mais aussi pour l’équilibre et la structure des vins.” Selon le nouveau directeur de la cave, il a pris ses fonctions au début du printemps, les premières cuves de rouges, qui ne sont “pas celles des plus belles parcelles” offrent des jus avec “de l’allure.”

Xavier Hardy et Aurélie Pereira, cave de Maury.

Sorties magnifiques
Reste que si les vendanges apportent le soulagement de voir une récolte à l’abri, le chemin pour y parvenir aura été semé d’embûches depuis le printemps, dans la vallée de l’Agly comme ailleurs. “La pression du mildiou a été terrible” confirme Aurélie Pereira, vice-présidente de la cave et présidente de l’appellation Maury, “il a plu tout le mois d’avril et jusqu’à la mi-mai, on a eu 250 mm sur la période c’est historique.”
“En moins d’un an, depuis octobre, il est tombé 1 200 mm d’eau ici, c’est exceptionnel” ajoute Xavier Hardy. Tellement historique qu’il faut remonter aux années soixante-dix pour retrouver un tel épisode de mildiou. “Heureusement, les sorties étaient magnifiques sur les grenaches, il y avait beaucoup de raisin. Ceux qui sont parvenus à maîtriser le mildiou parviennent à faire une belle vendange.” Reste la complexité de gestion. “C’est très bizarre” ajoute Xavier Hardy, “on a l’impression que certaines parcelles vont pouvoir être vendangées, puis quand on rentre dedans, ce n’est pas le cas et il faut reporter. Et on a déjà vendangé des cépages plus tardifs…”

Année moyenne
Question rendement, c’est le grand écart. Le mildiou a prélevé, on le sait, une dîme importante à laquelle viennent s’ajouter aujourd’hui les attaques d’eudémis et cryptobablès, comme s’il n’y avait pas eu assez de problèmes comme ça. “C’est difficile à dire, mais on sera sur une petite récolte” confirme Aurélie Pereira. “Déjà chez nous, une petite récolte, c’est 16 hl à l’hectare en moyenne, une grosse vendange 32 hl. Là, il y a des parcelles à 4 hectolitres et celles qui sont au-delà de 30 ne sont pas suffisamment nombreuses pour rattraper. Je ne suis pas sûre que nous arrivions à 16 hl cette année.”
Un peu plus bas dans la vallée, face aux vignes du Mas Amiel sur lesquelles il veille, Nicolas Raffy gratte sa barbe quand on lui demande comment se déroule la vendange jusqu’à maintenant. Comme ailleurs, c’est compliqué même si c’est mieux que l’an dernier lorsque le coup de chaud de fin juin avait sèchement amputé la récolte. “Sur le domaine, je dirai que nous sommes sur une année dans la moyenne en termes de volume. Après, c’est très qualitatif sur le premier tiers que nous avons rentré.” Par contre, les craintes autour de la main-d’œuvre ne se sont pas concrétisées. “Nous avons recruté 80 vendangeurs sans problème, et il y a de la réserve si jamais il faut se dépêcher.” En s’invitant, la pluie de ces derniers jours et la chaleur pourraient obliger à mettre les bouchées doubles en dégradant la belle condition sanitaire des raisins. Après les papillons, ce sont les champignons dont le spectre plane sur une année terriblement atypique.

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