Yann Arthus Bertrand, la “Dernière rénovation” et le grand remplacement [par Jean-Paul Pelras]

Samedi dernier à hauteur du pont de Neuilly, douze individus sont parvenus à perturber la circulation pendant presqu’une heure en s’asseyant sur la chaussée et en collant leurs mains au bitume. Pour avoir, dans une vie précédente et avec quelques fantassins agricoles, bloqué à de multiples reprises autoroutes et voies ferrées afin d’intercepter les marchandises importées d’Espagne et du Maroc, je tenais à leur adresser ma plus “confraternelle” admiration. Une admiration toute relative et éphémère bien sûr, puisqu’elle concerne uniquement l’originalité du modus operandi et l’adhésion à ce goudron d’où, en utilisant du dissolvant, les archers du roy et les soldats du feu ont eu quelques difficultés à les décoller. Leur mouvement s’intitule “Dernière rénovation” et s’était déjà illustré sur les cours de Rolland Garros lorsqu’une militante s’attacha au filet pendant la demi-finale Ruud – Cilic afin d’alerter sur la question climatique.

Soyons clairs, que ces jeunes gens s’immobilisent sur le périf parisien ou sur la terre battue de l’entre-soi lutécien m’importe peu et, pour tout dire, me procure même quelque indéfinissable satisfaction. En revanche, qu’ils réclament une “loi sur la rénovation énergétique de tous les bâtiments de France sans coût pour les propriétaires les plus modestes” me gonfle sérieusement. Pourquoi ? Tout d’abord car cette géométrie variable qui consiste à cibler des strates dans la société devient insupportable. À l’image des chèques distribués, pour un oui ou pour un non, inutilement par le gouvernement actuel, elle ostracise et isole ceux qui passent toujours à côté de tout. Ensuite, car les propriétaires ayant trimé toute une vie pour financer leurs habitations n’ont pas à subir les lubies, les lobbies, les caprices et les retombées d’une poignée d’activistes adeptes du “happening”, qu’il soit statique ou non. Comme si cela ne suffisait pas avec la suppression des chaudières au fuel qui va impacter 5 millions de foyers français principalement ruraux et la disparition programmée des véhicules à moteur thermique, voilà que cette énième action écolo vise à nous imposer des investissements supplémentaires et, nous pouvons l’imaginer si nous refusons d’obtempérer, les taxes qui leur seront corrélées.

J’ai, à ce stade de mon propos pour ceux qui ont eu l’extrême bienveillance de venir “décoller” ces pastoureaux, une pensée émue. Ils auraient pu tout aussi bien les laisser méditer et militer un peu plus dans la lumière pulvérulente de juin laissant au soleil le soin de faire fondre la glue.

C’est dans cette dimension du mépris qu’il faut aller chercher ce qui cloche

Et puis il y eut le visiteur. Celui qui forcément ne passait pas là par hasard, car, comme il est écrit dans Libération, il vint les soutenir et… “filmer leur action pour un prochain film”. Mais monsieur Yann Arthus Bertrand, spécialiste des voyages en aéroplane et descendant d’une famille de joaillers-bijoutiers, quand allez-vous arrêter de soutenir ceux qui dénoncent tout ce que vous représentez ? Vous qui faites financer vos films par Bettencourt, le groupe Pinault Printemps Redoute ou encore le Qatar, pays réputé pour son respect de l’environnement et des droits de l’homme… Vous qui engrangez des bénéfices, probablement désintéressés, en montrant la misère ou en dénonçant tout ce qui ne tourne pas rond sur cette terre. Vous qui êtes venu, comme vous le faites régulièrement dès qu’il s’agit de critiquer les pratiques agricoles ou industrielles, apporter votre soutien à ceux qui, mais nous ne sommes pas suffisamment connus, instruits ou intelligents pour le comprendre, nous veulent forcément du bien.

Car c’est dans cette dimension du mépris qu’il faut désormais aller chercher ce qui cloche. Là où, précisément, une infime partie de la population ultramédiatisée intellectualise le débat malgré les paradoxes et les inconséquences qui la caractérisent. Et ce, à l’aune d’une nouvelle révolution industrielle qui, pour mettre à la casse ou renouveler tout ce que nous possédons et avons construit, prône le grand remplacement. Sans se soucier, ni de l’impact environnemental de tout ce qui sera détruit ou recyclé dans des contrées moins vertueuses, ni du coût qui sera, in finé, supporté par les contribuables et les usagers. En d’autres termes, les écologistes servent, consciemment ou à leur cœur défendant, les profits de ceux qui, milliardaires de plus en plus nombreux, veulent sauver la planète en préservant leur pré carré, en légitimant leurs activités, en faisant fructifier leurs intérêts.

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