La propagande et la vérité. (Par Jean-Paul Pelras)

« Face aux tenants du déclin qu’on entend matin, midi et soir et qui vous disent que tout va mal pour le pays, je dis exactement le contraire. » déclarait Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance le 23 septembre sur France Info. Au troisième trimestre de cette année le Produit intérieur brut aurait même retrouvé son niveau de fin 2019. Sur les 9 premiers mois de 2021, la croissance aurait atteint 6,6%. Et l’on attend un énième sursaut qui pourrait hisser ce score à 7% d’ici la fin de l’année. « Du jamais vu depuis 1969 » murmure-t-on dans les couloirs de Bercy et dans toutes les rédactions qui, à défaut de vérifier les chiffres, les diffusent en boucle, « matin, midi et soir » entre la soupe et le fromage, entre une énième émission de téléréalité et un clip nous invitant à nous faire vacciner davantage. 

C’est à se demander si ceux qui s’expriment dans les médias vivent dans le même pays que ceux qui les écoutent. Ensuite, me direz- vous, tout dépend du coefficient d’adaptation. L’augmentation du prix de l’électricité, de celui du carburant ou de celui du paquet de pâtes n’affectant certainement pas de la même manière ceux qui travaillent sur les échafaudages et ceux qui réfléchissent dans les ministères. Autre sujet d’actualité, la fermeture à hauteur de 20 % des lits d’hôpitaux. Sur ce coup-là, moins de triomphalisme, Olivier Veran, prudent, préférant contester les chiffres et commander une étude qui, à défaut de nous renseigner objectivement pourrait lui permettre de gagner du temps. Ce temps si précieux en amont des présidentielles, avec l’Elysée et le Gouvernement qui commandent, selon l’Obs, pour 28 millions d’euros de sondages contre 14 millions prévus initialement… Histoire d’en savoir un peu plus, avec notre pognon (de dingue), sur nos opinions et sur nos comportements.

Les ficelles de la communication sont, à ce titre, tellement déconnectées de la réalité qu’elles finissent par échapper à l’indignation du commun des Français.

« Ils m’emmerdent, je n’écoute plus rien »

Ces Français qui n’écoutent même plus ce que le pouvoir raconte, car désabusés, fatigués, lassés par des mois d’incohérences et de contrevérités, par des mois d’injonctions sanitaires et sécuritaires qui disent absolument tout et son contraire. « Ils m’emmerdent, je n’écoute plus rien » c’est ce que l’on entend désormais au comptoir du petit troquet quand on peut y accéder et à la boulangerie où le pain va encore augmenter. Ces Français qui ont démissionné et ne croient plus ni en ceux qui les gouvernent, ni en ceux qui prétendent pouvoir les gouverner, car dégouttés par les eaux basses d’une politique qui privilégie la compétition au devenir de la Nation. Comment, à ce propos, ne pas se poser quelques questions quand l’on apprend que le Pass sanitaire ne sera pas obligatoire lors des meetings politiques. Le ministre de l’Intérieur allant jusqu’à déclarer : « La participation de tous les citoyens à la vie politique de la Nation est l’un des principes fondateurs de notre République »

Mais à bien y regarder, « la participation de tous les citoyens à la vie politique » dans une démocratie qui se respecte ne s’exprime telle pas surtout dans la rue, au bistrot du coin, à la table d’un restaurant, dans une réunion associative ou syndicale, partout où nous ne pouvons plus aller si nous ne sommes pas équipés d’un laisser passer ? Comment ne pas voir dans cette entorse aux dogmes mis en place pour préserver notre santé un passe-droit accordé à ceux qui, de l’Elysée aux bancs de l’Assemblée et du Sénat, ont cautionné la politique de l’entre-soi. Cet entre soi qui s’affronte le lundi et ferme les yeux le mardi dès qu’il s’agit de maintenir ou d’augmenter les indemnités. Dès qu’il s’agit de libérer la parole des partis en autorisant des réunions publiques où pourront se rendre des milliers de personnes en toute impunité, alors que certains d’entre nous n’ont plus le droit de pousser la porte d’un bistrot de campagne pour y boire leur premier café. Oui, comment ne pas s’inquiéter dans ce pays où la propagande, à pas feutrés, est en train de remplacer la vérité ?

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