USAP : “À jamais les premiers” [par Jean-Marc Majeau]

Ce dimanche 12 juin était attendu. Il ne nous a pas déçu. Il nous aura même enchantés. Je ne parle pas des résultats de l’élection législative dont 50 % de nos concitoyens se foutent comme de leur premier orgasme. Non, ce dimanche aura vu le maintien de l’USAP dans le peloton des plus grandes équipes de l’hexagone : le Top 14 ! Et bien, osons le dire, cet évènement s’est situé au plus haut sur l’échelle de l’actualité dominicale. J’entends certains me dire qu’il n’y a aucune gloire à terminer “avant dernier” d’une compétition, certes relevée, pour se qualifier au dépend d’une équipe prétendument inférieure. Dans l’absolu, c’est probable. Mais la réalité est toute autre ! Dimanche après-midi, à Mont de Marsan, la ville aux trois rivières, ancienne forteresse du jeu d’évitement, dans le stade qui vit les exploits des frères Boniface, dont l’ainé, André, était dans les tribunes, même au plus fort de leur transe, consciemment ou pas, tous se rêvaient Catalans, ceints d’un drapeau sang et or et vêtus de cette immuable tunique azur… Trois couleurs qui font une identité : le sang, le soleil et le ciel ! Tous se seraient invités pour partager l’immuable grillade des “phases finales”, improvisée par des “grilleurs à baratina”, aux abords des stades, sur le parvis des cathédrales ou sur l’esplanade du Champ de Mars, partout où se déchiffre une partition de ballon ovale ! Ces après-midi où le pire qui puisse vous arriver est d’avoir été réincarné en gastéropode !

Cette passion débordante, cet amour, communicatif, ne sont pas explicables. Ils sont différents de cette ferveur que l’on voit ailleurs. Ils sont animés par des leviers beaucoup plus vitaux, beaucoup plus puissants : le souvenir des anciens ! Chacun de ceux qui se déguisent lors de ces fêtes, qui se griment de rouge et jaune, a une histoire commune avec ce club : un grand père qui l’amenait enfant, dans la tribune CGT ou aux pesages, un fils, un oncle, un ami qui a revêtu le maillot des arlequins. L’USAP n’est pas un club comme les autres. À l’image de son voisin du Sud, il s’agit d’une institution : “mes que un club !”. Nous autres, citoyens de ce département, ne sommes pas des supporters plus intelligents que ceux des autres clubs. Nous ne sommes pas moins chauvins. Nous ne sommes pas moins hostiles aux arbitres qui nous dirigent. Notre différence est toute autre et tient en trois mots : la passion aveugle ! Celle qui nous prend aux tripes, qui nous insuffle cette énergie incontrôlable, qui nous transcende et qui nous épanouit. Qui nous rend insupportables parfois ! Autrefois, on disait qu’on était surement plus petits, plus légers, moins talentueux que nos adversaires. Cela reste surement vrai de nos jours.

Inscrit dans l’histoire

Au rugby, il parait que la seule recette est celle des 3 C : un cerveau, le nôtre n’est pas notre atout majeur. Une grosse paire de c… là dessus, on peut rivaliser. Et un cœur. Celui qui bat dans nos poitrines est assurément un des plus puissants de la planète ! Bien sûr, tout ceci confine à l’excès, aux débordements, aux invectives injustes lorsque les résultats ne suivent pas. Mais explique aussi cette ferveur que tous nous envient ! Aujourd’hui nous sommes heureux. Soulagés d’avoir mené à bien notre mission de supporters. D’avoir su attendre cette récompense qui s’offrait à nous. Et je fais partie de ceux qui sont contents que Brive ait bénéficié de l’apathie coupable des joueurs parisiens. Finalement, cet “access match” fut une aubaine. Un moyen simple de goûter à cette saveur des matchs couperet. Finir dans
le ventre mou n’a aucun intérêt particulier : mi-figue mi-raisin ! Gagner dimanche a fait de notre équipe un vainqueur de match éliminatoire ! Et, en plus, la première équipe de Top 14 qui parvient à le faire au dépend du second de la Pro D2.

Comme l’a dit Patrick Arlettaz : “À jamais la première !”. C’est comme ça ! Inscrit dans l’histoire ! Nos joueurs sont des anonymes, des besogneux, des morts de faim ! Et quand l’un d’entre eux sort de l’anonymat, point n’est besoin que son entraineur l’invective pour qu’il soit le meilleur sur le pré : parce que ce maillot ne se contente pas de fanfaronnades. Il ne les aime pas ! Il aime le sang et la sueur, les rires et les larmes, les accolades et les amitiés indéfectibles. Parfois, cela ne suffit pas. Mais tout est pardonnable. Tout sauf la suffisance et l’absence de courage, défauts qui ne collent pas avec ce blason. Même pour un talent présumé supérieur. Pour jouer ici, il faut être modeste et travailleur, excessif et mauvais perdant, têtu et fier de soi ! Le talent, s’il existe, reste un détail. Au service de l’abnégation ! Merci à nos joueurs, merci aux encadrants, à tous ces anonymes qui rendent ce club si singulier. Per molts anys. Visca USAP !

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