Un coup de poignard

L’urgence commande, en principe, d’agir vite. Le tribunal administratif de Montpellier estime, à la demande de France Nature Environnement, qu’il est plus urgent d’attendre.

La sécheresse que le département des Pyrénées-Orientales subit depuis deux ans frappe l’entendement. Et implique de réagir rapidement pour ne pas tout perdre. C’était en tout cas la volonté d’Alexandre Puignau, maire de Les Cluses et président du syndicat du Tech, quand il a imaginé stocker de l’eau du Tech dans une ancienne carrière désaffectée de Villelongue Dels Monts. Un projet expérimental sur un site de 40 hectares, le site des Baixos. L’idée c’était d’y injecter de l’eau brute, par le biais du canal de Palau, pour étudier le comportement hydraulique du lieu. Pour ce faire, 3,5 hectares devaient être défrichés sur les 40 du site afin de mener ces observations. Une fois les études conduites, le projet devait mettre en œuvre une « restauration multi-usage, intégrant stockage, recharge des nappes, restauration de zone humide et biodiversité, expansion des crues, […] »

« L’urgence ne justifie pas de faire n’importe quoi »

Un projet suffisamment carré, et urgent, pour que le préfet accorde son autorisation le 28 février. Las, France Nature Environnement n’a pas tardé à assigner le préfet par le biais d’un référé liberté, devant le tribunal administratif de Montpellier, qui a fini par donner raison à l’association. Dans les colonnes de l’Indépendant, France Nature Environnement se défend en expliquant que c’est une zone Natura 2000, qu’il y a des enjeux de biodiversité et, qu’en gros, il serait inconsidéré de mettre des engins dans la zone pour effectuer des travaux sans évaluation environnementale préalable. Et que « l’urgence ne justifie pas de faire n’importe quoi ».

Les porteurs du projet apprécieront. Jean Jonquère, président de l’ASA de Palau, est de ceux-là et ce qui l’agace, c’est que rien ne sera donc fait pour cette année alors que le spectre du passage en crise du Tech n’est jamais très loin, en dépit des quelques précipitations de ces derniers jours. « Nous aurions pu commencer à diriger de l’eau vers cette réserve quand il y en avait, sans toucher au débit réservé de la rivière pour prendre quelques précautions pour cet été. Parce qu’on passe en crise et que l’on a plus le droit d’arroser, c’est toute l’agriculture du secteur qui sera rayée de la carte. Sans compter les éventuels problèmes d’eau potable puisque les nappes sont rechargées par les canaux. Mais là, jusqu’en septembre on ne peut plus rien faire à cause de ce jugement. »

Regrettable

« C’était un projet qui ne coûtait rien, cette carrière, c’est une zone humide asséchée, il n’y a que les sangliers qui s’y promènent et, au final, c’est contre-productif, parce que cela ne fait qu’inciter à installer des forages. » ajoute-t-il. De son côté, Alexandre Puignau ne baisse pas les bras pour autant : « Il est regrettable que, sans même avoir cherché à comprendre ou échanger sur le sujet, cette association bloque un projet pour lequel tout le monde avait joué le jeu de l’urgence, avec une organisation des travaux prescrite et contrôlée par les services compétents de l’État et du Conservatoire des espaces naturels et dans le respect des dispositions de l’arrêté avec notamment l’intervention d’un écologue pour les accès au site et un balisage de mise en défense des roselières » écrit-il.

Yann Kerveno

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