Tour des vignobles : une année de feu [par Yann Kerveno]

Les vendanges démarrent doucement dans le vignoble avec en ligne de mire une récolte très faible partout. La faute au gel et à la sécheresse.

Mon père disait “on a une calamité tous les dix ans, mais maintenant, c’est plutôt deux par an !” regrette Olivier Verdale, président de l’ODG Corbière. Alors entre gel en avril, coulure, sécheresse et incendies, les vignobles des Pyrénées-Orientales et de l’Aude ont eu maille à partir avec les éléments cette année ! Tour d’horizon alors que les premières machines et vendangeurs viennent de faire leur entrée dans les rangs. Cette année, il n’y aura finalement que la date des vendanges qui est proche de la normalité !

Collioure et Banyuls

C’est cette semaine que les vendanges commenceront réellement sur la côte Vermeille mais quelques vignerons sont déjà entrés dans les parcelles. Président du cru, Romuald Peronne annonce d’emblée des rendements en très net retrait par rapport à l’an dernier. “Il y a des chances pour que nous tombions sous les 20 000 hectolitres cette année, mais on en saura plus lorsque les caves coopératives auront commencé à vendanger.” Peu de volumes mais une qualité exceptionnelle ? C’est ce qu’il attend, en guise de compensation. “Ce que nous avons vu sur les tout premiers blancs et rosés, c’est que nous tenons peut-être une récolte exceptionnelle du point de vue de la qualité. Nous n’avons pas eu de grosse chaleur, la vigne était moins chargée à cause de la coulure du printemps, elle a donc peut-être mieux résisté à la sécheresse. Et, en ne souffrant pas, elle nous offre des raisins très aromatiques qui peuvent nous conduire vers de très belles surprises.”

Roussillon

Dans les zones épargnées par le gel, c’est la sécheresse qui fera mal cette année dans la plaine du Roussillon. Président de la cave de Baixas (Dom Brial), François Capdelayre ne veut pas s’avancer sur les volumes mais convient que “nous serons très en deçà de l’année dernière, peut-être 25 %, y compris chez ceux qui étaient parvenus à maîtriser le mildiou. Il y a des raisins sur les ceps, mais ils sont petits.” Non loin de là, Brice Cassagne dresse le même constat. “Le démarrage est timide, nous avons rentré quelques muscats petits grains et quelques rosés, c’est bon sur le plan sanitaire, il y a pas mal de grappes mais le poids des grappes est en-dessous de la moyenne, nous allons donc vers une récolte plutôt faible.” Sur les premières bennes rentrées dans les chais d’Arnaud de Villeneuve il existe un “décalage de 15 à 20 % entre le réalisé et les inscriptions des vignerons…” Avec des signes inquiétants de flétrissement de baies qui trahissent le stress hydrique subi par la vigne.

Fitou

Alain Gleyze, président du cru Fitou est déjà bien remonté alors que la vendange commence tout juste. “Ce qui n’a pas gelé est bouffé par la sécheresse. Sur les premiers blancs que nous avons commencé à rentrer à la cave, c’est 25 % de moins par rapport à l’an dernier, année déjà pas terrible ! Il va falloir que les politiques se bougent pour nous permettre d’irriguer les vignes en allant chercher l’eau là où elle est et que nous puissions survivre !” En attendant, il va falloir faire avec et “se mettre en mode tortue pour résister.” “Pour la cave, c’est une triple peine, avec moins de volumes, des raisins plus petits qui nécessitent plus de grappes pour faire un hecto et des frais fixes qui, eux, ne se réduisent jamais.” Et dans l’ombre, Cryptobablès pointe déjà le bout de son nez au cœur des grappes.

Corbières

Le vignoble des Corbières pourra peut-être, cette année, prétendre au titre, funeste, de vignoble le plus éprouvé par les calamités. Gel, sécheresse et incendies composent en effet une panoplie redoutable. “Alors c’est vrai, il n’y a pas beaucoup de raisins, mais les grappes qui sont passées au travers sont d’une extrême qualité” prévient toutefois Olivier Verdale, qui dresse ensuite la liste des tourments endurés par les vignerons. “Il y a eu le gel, chez moi par exemple, il y a une quinzaine d’hectares que je ne vendangerai pas, puis la sécheresse donc et son corollaire, les incendies ou départs de feux qui ont affecté le vignoble soit par le feu directement parce que certaines vignes ont brûlé, soit par le goût de fumée. Il faudra être très vigilant cette année sur ce point” insiste-t-il. Le feu le plus important de la saison, qui est parti de Moux pour se développer ensuite le long de l’Alaric vers Fabrezan, a concerné une centaine d’hectares de vignes qui avaient en partie échappé au gel en raison de leur implantation sur les coteaux. Quant aux vendanges, elles débuteront, dans les Corbières, la semaine prochaine, une fois le mois de septembre entamé.

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