En attendant la fin du monde [par Jean-Marc Majeau]

On appelait ça “les grandes vacances”. Dans mon souvenir, elles ne s’achevaient jamais ! Avant de marquer la fin d’une année scolaire, elles annonçaient surtout le retour à la liberté, aux baignades en rivière, aux longues chevauchées en vélo, à la pêche aux têtards, aux braconnages des poissons de rivière et aux multiples chapardages dans les champs où l’on se délectait du nectar des pêches, des rouges du Roussillon ou des grapillons de raisins chipés aux bords des routes à la fin du mois d’août. C’était le temps des concours de pétanque, des bals de village et des premières amourettes. De ces baisers furtifs, cadeaux volés à de jeunes estivantes, temporairement hors de vue de la surveillance pudibonde de grands-parents ayant surement oublié l’émoi des montées de sève intempestives… Elles venaient de “la ville”, peut-être de Paris, du Havre ou de Calais, avaient l’accent pointu et le goût de ces fruits exotiques qu’on ne goûterait probablement qu’une seule fois dans sa vie ! C’était le temps d’avant : celui des chaises posées à même la rue, des rares voitures qui laissaient passer un troupeau sans déranger l’autochtone et des enfants courant encore dans les rues bien après l’heure du souper. La nostalgie de cette période aura duré longtemps. Elle venait de loin : de ces romans de Pagnol et de sa description des montagnes de Provence qui, finalement, sans rien avoir à envier aux nôtres, fleuraient la même odeur de liberté que l’on vive dans les Alpes, dans le Béarn ou dans la baronnie du Conflent. Nous nous retrouvions dans ces textes qui contaient ce qu’était la saveur de la vie d’un gosse qui en découvre les secrets.

Que reste-t-il de tout cela aujourd’hui ? J’ai profité de ces dernières semaines pour regarder les yeux de ces enfants venus d’ailleurs, mais aussi de ceux qui vivent ici à l’année. Je ne l’avais pas fait auparavant. Mais cette fois, c’était facile, et presque obligatoire, puisque les masques qui barraient leur visage ne me permettait pas de voir autre chose de leurs expressions. Je n’y ai lu aucune joie, aucune espièglerie, aucune attente… Juste une routine qui les vit partir de chez eux, pour venir s’agglutiner sur les plages, les marchés et les attractions diverses, l’attention en permanence rivée sur un téléphone portable. Peut-être occupés à nourrir leur Tamagotchi connecté ! Ces regards enjoués de bambins émerveillés de tout ont fait place à des expressions d’adultes qu’ils n’auraient dû être que demain, mais que la folie expansive les contraint à être déjà devenus des humanoïdes  déconnectés du temps, ignorants des cycles des saisons, incapables d’apprécier la nature en dehors de parcs animaliers, des arbres préfabriqués et des rivières aménagées dans des parcs “aquabranchés”. Des robots programmés, exclusivement dévoués à devenir des “consommateurs compulsifs”.

Un remède à l’enfance…

Mon grand-père prétendait que, dans la vie, seules trois choses sont indispensables : de l’amour, une corde et un couteau ! Je pense qu’il avait raison. Il aurait pu en rajouter une autre : de l’imagination ! Pour obtenir en rêve ce que, probablement, tu n’auras jamais dans la “vrai vie”. Voyant décroitre le nombre de véhicules aux abords du centre commercial et constatant que la file d’attente devant le centre de dépistage Covid se réduit à vue d’œil, j’en conclus que les touristes refluent. J’en déduis donc que la rentrée approche. Celle de l’odeur des gommes, des trousses et des cartables neufs, des cahiers dont on va préparer la page d’accueil. De cette nouvelle maîtresse dont on attend de savoir, entre crainte et impatience, si elle ne sera pas trop sévère avec les turbulents. Celle des parties de billes et de “trappe-trappe” dans la cour, des élastiques que l’on faisait claquer sur les cuisses des jeunes filles qui s’adonnaient à cette activité interdite aux garçons. De la marelle et du chifoumi… Voici que mon imagination m’égare.

Je viens de lire dans la presse que le ministre de l’Éducation avait dessiné les traits de ce que serait la “rentrée 2021”… Des codes couleurs, évaluant la dangerosité de chacun, son potentiel contaminant et sa charge virale présumée. Des consignes qu’on appelle “doctrine”… L’école sous surveillance ! La vaccination globale comme objectif ultime. Pas tout de suite, afin d’éviter les réticences immédiates. Mais “en douceur”, quand les interdictions pleuvront et établiront une ségrégation entre ceux qui “sont”, et ceux qui “ne sont pas”… Un remède à l’enfance ! Comme de voir un vieillard encostumé de 50 piges qui joue à la marelle ! Vivement hier !

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