Recrutement : comment faire du chemin avec un réservoir percé ? [par Robert Massuet]

Chaque fois que je croise un artisan, dans n’importe quel métier, j’entends la même histoire : on ne trouve pas de main d’œuvre. Pendant longtemps c’était la main d’œuvre qualifiée qui faisait défaut, les postes techniques étaient compliqués à pourvoir, tout le monde composait avec ça et, dans certains secteurs, un bon diplôme vous offrait un bon salaire et même quelques caprices de diva.
Mais à présent, tous les métiers sont touchés, tous les postes, du plus qualifié au moins technique. On cherche des plongeurs, des serveurs, des plombiers, des coiffeurs, des boulangers, des vendeurs, des taxis, des comptables, des ambulanciers, des bouchers… Aucun secteur n’est épargné. Pas plus la restauration dont s’occupe la CCI, que les métiers de l’artisanat qu’on forme au CFA, ou les métiers du bâtiment dont la formation est administrée collégialement par les grosses et les petites entreprises. Quelles que soient les bonnes volontés autour de la table on retrouve partout le même problème. Et pourtant on forme. Jamais on n’a autant formé d’apprentis que l’an dernier, dans tous les CFA et particulièrement dans le département. Mais cela ne permet pas de faire face aux commandes alors que l’activité est soutenue dans de nombreux secteurs.

Aux difficultés de recrutement s’ajoutent les difficultés pour garder le personnel. Les confinements successifs ont créé des vocations pour de nombreux candidats au changement de vie ; projet souvent sponsorisé par les allocations de Pôle Emploi. Il devient alors plus facile de lancer une fumeuse affaire d’élevage de chèvres en milieu subaquatique que de trouver un manœuvre. Le chemin est désormais bien connu : rupture conventionnelle, allocation chômage, bricolage pendant deux ans et création d’une entreprise quand arrive la fin de droits. Au final nous composons avec des compétences qui se perdent et un tissu économique dégradé par des entreprises mort-nées.
Alors on peut toujours se faire plaisir en parlant de la formation, de faire plus, de faire mieux. Il le faut, sans doute. Mais nous n’avons jamais autant formé et nous n’avons jamais eu autant de problèmes pour recruter. C’est bien la preuve qu’il y a, dans l’accompagnement des demandeurs d’emplois et dans l’utilisation dévoyée des allocations qu’on doit à ceux qui cherchent vraiment du travail, un énorme trou d’air qui ne cesse de vider le réservoir qu’on était si fiers de remplir.

Tant qu’on ne colmatera pas ça, je vous garantis qu’on n’avancera pas.

Robert Massuet, président UPA66

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