Ramoneur fumiste : un artisan très demandé ! [par Thierry Masdéu]

Très prisés en cette période, les artisans ramoneurs fumistes ne chôment pas. Les plannings sont encombrés, les délais d’intervention sont plus longs, car bien évidemment tout le monde les sollicite en même temps. Alors, y aurait-il pénurie de ramoneurs ?

Pour le savoir, nous avons suivi en intervention l’un d’entre eux qui exerce depuis plus de 10 ans. Basé à Thuir, il rayonne sur une grande partie du département et propose ses services agréés en ramonage et entretien de cheminées, poêles et chaudières. Rencontre avec Pierre Doutres, un passionné de métiers manuels qui, à 50 ans, a troqué son tablier et
sa batterie de cuisine pour prendre de la hauteur avec sa panoplie de hérissons…

Le département des Pyrénées-Orientales est-il réellement confronté à une pénurie de ramoneurs fumistes ? 
Oui et non, je dirais plutôt qu’il n’y en a jamais eu vraiment beaucoup, comme en Alsace ou en Savoie, où les mairies leur attribuent des concessions par municipalités ou quartiers. Mais depuis la mise en place des aides à la rénovation énergétique, le bois étant une solution de chauffage plus économique, de nombreux foyers se sont équipés en poêles et chaudières à granulés ou à bois. Et avec cette crise du coût énergétique, il y a même des personnes qui me demandent de réactiver leurs cheminées. Alors forcément la demande en ramonage, qui est obligatoire, est bien plus importante !

Alors c’est un métier en plein essor ?
Oui je le pense et pour la relève il serait souhaitable d’inciter beaucoup plus les jeunes à suivre des formations de ramoneur fumiste. Qu’ils suivent des études d’agréments sur les écoles de Toulouse ou celle de Saint-Rémy-Lès-Chevreuse, là où j’ai obtenu le mien, car c’est un métier qui revient en force et a de l’avenir !

Comment faites-vous face à cette demande croissante de ramonage ?
Il est vrai que l’organisation du métier a changé, avant, un ramoneur n’exerçait cette activité que durant 3 ou 4 mois par an, et le reste du temps il travaillait comme plombier ou dans l’agriculture. Aujourd’hui, pour palier à la bousculade des premiers jours de fraîcheur, avec mes clients nous avons instauré un échelonnement sur l’année et je débute mes prestations de ramonage à partir du mois d’avril jusqu’au mois de février de l’année suivante ! Cette mesure permet de réduire les délais annuels d’intervention et de ré-intervenir durant la même année pour les foyers qui brûlent plus de 5 stères de bois secs. Il y a même des petites communes, où le maire informe ses administrés du jour de mon passage et me communique par la suite la liste des villageois qui souhaitent mes services !

Si un particulier a le matériel nécessaire, il peut très bien aussi faire le ramonage de son conduit de cheminée ?
Oui, comme le faisait avant la majorité des gens, mais aujourd’hui, en cas de feux de cheminée, les assureurs ne vont pas par quatre chemins, si vous n’avez pas le certificat annuel délivré par un ramoneur fumiste agréé, tout comme la décennale de l’installateur de votre équipement de chauffage, vous êtes pleinement responsable et vous devrez en assumer les conséquences. Tant que cela reste de l’ordre du dégât matériel je dirais que c’est un moindre mal, mais lorsque cela touche aussi des personnes, la situation est dramatique ! Les nouvelles normes exigent ce certificat, tout comme les agences immobilières ou notaires qui me demandent d’intervenir sur des biens mis à la vente.

La sécurité est donc primordiale dans votre métier ?
Effectivement, et lorsque j’interviens chez un nouveau client, avant de procéder au ramonage je contrôle toute l’installation, de l’âtre au toit en passant en revue les chambres et les combles. Par exemple, la vacuité et l’étanchéité des conduits sont primordiales ! Si je détecte la moindre anomalie, j’en informe le client et je n’interviendrai et ne décernerai le certificat qu’une fois que l’installation sera remise à la norme ! Il est aussi important de signaler que tous les bois ne sont pas conseillés pour être brûlés en cheminée ou poêle. Il vaut mieux privilégier du chêne, du hêtre, du frêne qui sont des bois normaux et dont la combustion s’élève entre 500 et 600 degrés. Surtout éviter les bois exotiques comme le platane, l’eucalyptus, l’iroko, le padouk, même les souches de vignes car leurs combustions peut atteindre les 800 degrés, et la plupart des installations ne sont pas conçues pour de telles températures, ce ne sont pas des haut-fourneaux !

Comment décririez-vous votre métier pour inciter des vocations ?
Simplement je dirais que c’est un très beau métier, agréable, il n’y a pas de devis à faire, on ne peut pas se tromper, du moins dans mon cas où le forfait par cheminée, déplacement inclus est à 60 €. Vous avez très peu de matériel à acheter, pas besoin de local pour entreposer, pas de stock et vous encaissez en descendant de l’échelle ! Bien sûr, il faut être en bonne santé, être svelte et ne pas avoir le vertige.

Des Aspres au Vallespir, du Roussillon aux quelques résidences secondaires en Cerdagne et Capcir de ses clients de la plaine, Pierre Doutres a un argument imparable pour se faire rappeler à son bon souvenir : “N’oubliez pas, si le Père Noël a toujours sa belle tunique de couleur rouge, c’est grâce à nous, les ramoneurs !” 

Contacts :
Pierre Doutres 06 22 00 97 26 
https://www.ramonage-thuir.fr/

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