Prix des carburants : “À un moment, ça va coincer” [par Thierry Masdéu]

Attisé par le conflit armé que mènent, depuis le 24 février, Vladimir Poutine et ses troupes en Ukraine, le marché mondial de l’énergie et des matières premières est plus que jamais en effervescence. De nombreuses entreprises, comme celles spécialisées dans les travaux agricoles, sont ainsi directement impactées. (Reportage réalisé le 3 mars avec des données qui ont augmenté depuis et qui, de toute évidence, vont augmenter encore).

En l’espace de quelques jours, les hausses spectaculaires des prix et notamment celles du baril de pétrole, nous rapprochent de son plus haut niveau, celui de juillet 2008 où il se négociait 147 $. Le spectre de ce record historique, atteint lors de la crise financière, semble se profiler à nouveau et pourrait le surpasser. D’autant que les pays de l’OPEP*, toujours dans l’expectative, n’ont pas l’air de se précipiter à ouvrir leurs vannes pour atténuer les spéculations. L’aube de cette nouvelle crise guerrière, qui se cumule aux conséquences engendrées par celle de la Covid-19, laisse bien peu d’échappatoires à une reprise économique sereine, mais augure plutôt un accroissement excessif de l’inflation. Avec une consommation française qui avoisine les 1,9 millions de barils de pétrole/jour, le gouvernement va devoir rapidement prendre des mesures qui s’imposent pour aider les entreprises dépendantes des produits pétroliers. C’est le cas de l’entreprise Crastes, basée à Rigarda en Conflent, dont le rayon d’action s’étend de Prades au littoral.

Perte de compétitivité et concurrence transfrontalière déloyale

Photo Thierry Masdéu

Spécialisée dans les terrassements, transports, travaux agricoles et forestiers, elle n’a de cesse de pointer, depuis janvier 2021, les multiples hausses du prix des carburants. “Depuis le début du mois de janvier 2021 jusqu’à la fin du mois de février 2022, notre principal carburant qui est le GNR** a subi une augmentation de 0,35 cts € HT, dont 0,15 cts € HT rien que sur les 2 derniers mois !” constate amèrement Bruno Crastes qui a repris, depuis 2003, la gestion de l’entreprise familiale. “Sur notre consommation mensuelle de 10 000 litres, cela représente une plus-value de 3 000 € HT et concernant le gasoil blanc pour une consommation mensuelle de 3 500 litres la plus-value est de 1 500 € HT ! Avec ces 4 500 € HT de charges supplémentaires par mois sur le poste carburant et les centimes d’euros qui continuent à se rajouter au compteur, à un moment ça va coincer et il va bien falloir prendre des décisions !”

Pour minimiser l’impact des charges sur ses carburants, l’entreprise, avec sa flotte d’une dizaine de gros engins, a déjà fait le choix de refuser des opportunités de chantiers dans l’Aude et certains d’une durée d’une journée sur les P.-O. Si, le mois dernier, la demande majoritaire des clients concernait la préparation des sols pour les plantations de vignes et vergers, actuellement elle se focalise sur du nivellement laser.
Des prestations tout aussi énergivores qui pénalisent, sur le marché, la compétitivité de l’entreprise. “Nous souhaiterions au moins une détaxation du GNR et du gasoil blanc, d’autant qu’avec notre proximité frontalière, nous sommes désavantagés vis à vis de nos concurrents Sud-catalans qui viennent réaliser des travaux dans les P.-O. !” dénonce avec inquiétude Bruno Crastes, souhaitant un geste compensatoire et rapide de l’exécutif. “Nous ne pouvons indéfiniment aller vers une logique d’augmentation des prix car nos clients agriculteurs ou autres ont également leurs charges calculées et doivent pouvoir vendre aussi leurs produits à des coûts raisonnables !”

Contacts : SARL Crastes – 06 18 91 18 61 – https://crastes.com/
SAS Mitjavila – 04 68 38 20 00 – https://www.mitjavila.com/

*OPEP  : Organisation intergouvernementale de pays exportateurs de pétrole,
réunissant à ce jour 13 pays : l’Algérie, l’Angola, l’Arabie saoudite, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, l’Iran, l’Irak, le Koweït, la Libye, le Nigéria, les Émirats arabes unis et le Venezuela.
**GNR : Gasoil non routier.

Aluminium : une hausse “inimaginable”

Si le coût de l’énergie va sérieusement continuer à impacter les entreprises, celui des matières premières n’est pas en reste. Et en particulier pour l’aluminium qui a pris, en l’espace de moins de 2 ans, des proportions inimaginables sur les marchés (voir tableau). Tout comme pour le pétrole, la position stratégique de la Russie, dans le trio de tête des principaux producteurs et exportateurs d’aluminium de la planète, fait craindre de nouvelles envolées du prix de ce métal. Une situation qui ne fait que conforter le choix pris il y a quelques mois par Raymond Mitjavila, président des entreprises éponymes. “Depuis octobre 2020, le prix du kilo d’aluminium n’a cessé de grimper pour atteindre, à ce jour, une augmentation de plus de 118 % ! On n’a plus le temps de finir une tarification que déjà le prix est complètement dépassé !” témoigne avec stupeur ce dirigeant, fabricant de stores, fenêtres, pergolas, structures photovoltaïques, etc. “Aussi, depuis 6 mois, nous avons réagi et avons mis en œuvre la création de deux centres de traitements de nos déchets de fabrication, un à Pierrefitte-Nestalas dans les Hautes-Pyrénées et l’autre à Nogueira au Portugal. Ainsi, en recyclant les rebuts de fonderies et des profils cela nous permet de réduire nos achats directs de lingots d’aluminium !”
Une alternative louable pour un rendement optimal de la matière première, mais qui se heurte à de nombreuses difficultés administratives. “En France, cette mise en œuvre est très complexe car il y a tellement de normes, de règlementations et pour le moment nous ne pouvons produire que 2 tonnes journalières !” déplore avec regret Raymond Mitjavila.

T. M.

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