Parce que rien n’est jamais simple 2022 – #33 [par Yann Kerveno]

Au diable la photosynthèse

Et si le soleil, si généreux cet été, n’était plus nécessaire pour faire pousser les plantes ? Comment ? Grâce à une photosynthèse artificielle. C’est l’objet d’une série de recherches menées actuellement à travers le monde. L’idée provient d’un papier publié dans la revue Nature en juin dernier qui raconte comment le procédé, une électrolyse qui convertit du dioxyde de carbone, de l’électricité et de l’eau, en acétate (qui devient le carburant des plantes à la place de la lumière) est parvenu à faire croître des moisissures, des champignons et des algues dans le noir, donc sans lumière du soleil ni photosynthèse.

1 %

Les chercheurs expliquent que les plantes sont finalement très peu efficace à convertir la lumière en végétal, autour de 1 % de l’énergie perçue est effectivement transformée en biomasse. Conséquence, nourrir la population humaine requiert des millions et des millions d’hectares de cultures… Parmi les plantes qui pourraient répondre favorablement à l’acétate, on trouve les pois chiches, les tomates, le tabac, le riz, le colza et les petits pois, de quoi réduire l’empreinte humaine sur la surface de la planète, voir permettre de produire des végétaux dans… l’espace.

1 000 tonnes de salade

En attendant ces technologies de rupture, si elles sont un jour applicables à grande échelle, le développement de la production végétale se passe en bâtiment. À Dubaï, on est loin des containers disséminés en région parisienne quand la compagnie aérienne Emirates ouvre une ferme verticale pour approvisionner ses avions… Bustanica hydroponic Farm, construite en joint-venture avec la société américaine Crop-One a coûté 40 M $ pour 3 hectares mais, au pays des émirs, l’argent n’est pas une question, et doit produire 1 000 tonnes de salades par an (trois tonnes par jour). En utilisant, c’est ce que dit la propagande, 95 % de moins d’eau qu’une production de salade conventionnelle.

Faire pousser à l’abri présente d’ailleurs des avantages non négligeables, même en Australie où Flavorite vient de mettre en service une nouvelle serre de six hectares pour produire 4 000 tonnes de tomates par an. Et prévoit d’en construire trois autres sur le même site, histoire de mettre ses productions à l’abri des vastes inondations qui touchent le pays à intervalles réguliers.

Plus avec moins

“Cela nous permet de produire plus avec moins” explique Chris Millis, directeur des opérations de l’entreprise. “Moins d’eau, 12 à 18 litres pour un kilo de tomates contre 60 à 100 litres pour une production en plein champ, moins d’intrants et moins de pesticides…” Si l’info fait les gros titres de la presse locale, c’est que, confrontée aux éléments et au changement climatique, l’agriculture australienne semble découvrir les vertus des cultures sous abri. Qui permettent d’éviter que les salades atteignent 10 dollars quand le mauvais temps touche les cultures en extérieur.

Quand les abris et serres se développent à une moyenne de 10 % annuellement dans le monde, la progression n’était que de 5 % sur l’île continent. Mais Paul Gauthier, professeur à l’Université du Queensland, estime que le pays va rattraper son retard. Avec un argument choc. “Les cultures sous abri permettent de mieux contrôler la météo au lieu d’en dépendre complètement.” Comme quoi le nouveau monde n’est pas toujours le plus en pointe !

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