Parce que rien n’est jamais simple 2022 – #05 [par Yann Kerveno]

Sortez les calculettes !

Puisque les choses ne sont jamais simples, voici un problème sérieux pour vos méninges. On nous assène souvent que le locavorisme est LA solution aux problèmes environnementaux. Mais ce n’est pas si facile. En effet, déjà, c’est complexe de fournir nos paniers alimentaires du XXIe siècle en restant dans un rayon de 150 kilomètres ! Vous avez pensé au café, aux bananes ? Alors voilà, oui, c’est une bonne idée de consommer local mais c’est dangereux de se baser uniquement là-dessus. C’est ce que raconte un long papier de la revue anglophone Anthropocene qui nous explique qu’il faut arbitrer entre les émissions de gaz à effet de serre et la sécurité alimentaire (quand on s’assure que tout le monde peut avoir accès à de la nourriture…) mais aussi que, quand lorsqu’on réalise l’analyse du cycle de vie des produits, ça remet pas mal de choses en question. Vous aviez imaginé qu’une salade de plein champ de Murcia, rendue dans les assiettes composées des sauteries de Boris Johnson au 10 Downing Street, aura émis huit fois moins d’émissions de gaz à effet de serre que la même laitue cultivée sous serres du côté de Wembley ?

Dis Chérie, tu te souviens du colza ?

Sinon, les producteurs de colza l’ont un peu en travers de la gorge qui se voient interdire l’emploi d’un produit, le Phosmet. Ce produit, dont le renouvellement de l’autorisation a été rejeté par l’Union européenne, sert à lutter contre les altises. Si l’on peut se réjouir de voir disparaître un produit dangereux pour les utilisateurs en particulier, malgré l’utilisation d’équipements personnels de protection, c’est l’ensemble de la filière colza européenne qui se trouve aujourd’hui à la merci de l’insecte, aucune solution de remplacement n’ayant fait preuve, jusqu’ici, d’une efficacité remarquable. Avec, à la clé, une baisse prévisible de la sole de colza dans le pays et de nouveaux problèmes en vue pour les apiculteurs ?

Fin des paiements à la surface ?

Voilà en tout cas qui ravira certainement le tandem des ministres allemands de l’Environnement et de l’Agriculture, tous deux issus des verts, qui semblent bien décidés à se faire plus royalistes que le chancelier. Ils ont en effet tous deux proposé ni plus ni moins que l’abandon du système de paiements forfaitaires à la surface. Ayant tous deux la volonté de travailler de conserve, ils vont aussi plaider pour une réglementation plus stricte sur les pesticides, comptent retirer du marché le glyphosate d’ici la fin de l’année prochaine et veulent viser 30 % de surfaces cultivées en bio dans le pays d’ici à 2030.

Très cher bio

Bref. Vous trouvez que j’exagère ? Jetez donc un œil à la dernière enquête de l’association Famille rurales à propos de nos coûts alimentaires en France. Cette étude, portant sur l’année 2021, montre que les prix alimentaires ont augmenté de 2 % en moyenne, et jusqu’à 9 % pour les fruits et légumes. Mais ce n’est pas tout. Le “panier moyen”, respectant les préconisations du plan national nutrition santé (PNNS) et pour une famille de quatre personnes, coûte 696 € avec des produits premiers prix, 765 € avec des marques nationales et… 1 148 euros (plus de 90 % d’un smic) pour un panier tout bio. À ce tarif-là, mieux vaut attendre les soldes non ?

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