“Osez, osez Joséphine” [par Jean-Marc Majeau]

Ben voilà ! Les résistants ont Jean Moulin, les physiciens la fratrie Curie, les curés Henri Grégoire et, dorénavant, les ripeurs auront Joséphine Baker ! Et oui ! Qui osera dire que la France n’est pas un pays d’intégration, de liberté, d’égalité et de fraternité ? Un pays où tous les espoirs sont permis, ou la couleur de peau, la religion, le phénotype n’ont aucune influence sur l’élaboration d’un destin lumineux. Comme disait Coluche : “Vous naîtrez libres et égaux en droit. Mais pour certains ce sera plus compliqué !” Et bien, à compter de maintenant : c’est terminé ! Une femme de couleur repose au Panthéon. Enfin, juste son cercueil ! Il ne faut pas exagérer ! Un cénotaphe, voyez-vous. Il ne contient aucun corps, mais un échantillon de 4 poignées des terres qui étaient chères à Joséphine. Celles du Missouri, de Dordogne, de Paris et de Monaco. On ne sait jamais : si les fantômes venaient à improviser une fiesta sous la coupole, il ne faudrait pas qu’ils  soient effrayées par un corps d’ébène entouré d’une ceinture de bananes ! Même, avec quelques osselets manquants, ça pourrait les inquiéter.

Remarquez, comme disait Nougaro : “Amstrong, un jour tôt ou tard, on n’est que des os. Est-ce que les tiens seront noirs, se serait rigolo”. Avec un peu de chance, au bal des farfadets, ils ne l’auraient même pas reconnue ! Ça lui aurait presque changé la mort ! Parce que durant son existence, et avant d’être portée aux nues et sur le devant de la scène, cette chère Joséphine n’a pas toujours été considérée comme une héroïne dont la mémoire redore le blason national. Même si le sort qui lui fut réservé était plus enviable que celui de ses sœurs restées en Louisiane ou dans le Missouri, il ne faudrait pas oublier que le spectacle dont elle était la vedette s’appelait “La revue nègre” ! On peut entendre l’argument selon lequel elle aurait découvert un pays d’égalité… mais d’égalité relative ! “Elle arrivait de Somalie, Lili, dans un bateau plein d’émigrés, qui venaient tous de leur plein gré, vider les poubelles à Paris”.

À l’heure où l’on en fait des tonnes sur cet accueil chaleureux, ce destin hors du commun, cette volonté d’être Française, on peut, sans indécence, remettre les choses dans le bon ordre ! Freda Joséphine Mac Donald n’a pas choisi une nationalité : elle a choisi une liberté. Ou du moins, essayé de le faire. La liberté de ne plus être considérée comme une sauvage magnifique. Et pour cela, elle a accepté de commencer par se présenter comme telle. Parce que la symbolique de “l’esthétique nègre” n’était pas tabou à cette époque, que l’image érotique de ces danses primitives émoustillaient l’intelligentsia lutécienne, beaucoup plus avide de clichés faciles, que regardante sur les effets du colonialisme français !

Artifice opportuniste…

À écouter Macron, on pourrait presque croire que Joséphine fût encensée et accueillie comme une future héroïne, qu’elle fût, résistante, pilote de chasse, créatrice de l’ancêtre des “Restos du cœur”. Si l’histoire parait belle, elle ne fût jamais celle que l’on vient de nous raconter. Fréda Joséphine est morte ruinée. Décorée mais oubliée. Elle ne dût son dernier exil Monégasque qu’à l’aide d’une roturière, d’origine américaine, tout comme elle, qui lui offrit un gite sur un rocher. Le salut n’est pas venu d’un prince d’ébène. Juste d’une princesse blonde, émue par l’histoire extraordinaire de cette jeune fille de la rue. On pourra toujours remercier Emmanuel Macron d’avoir fait sortir de l’ombre cette histoire romanesque. D’avoir peut-être définitivement débarrassée cette grande femme de cette horrible ceinture de fruits qui lui collait à la peau. Mais, s’il veut, par cet artifice opportuniste, nous faire croire à ses désirs d’égalité, de liberté et de fraternité, je ne manquerais pas de rappeler qu’en même temps, puisque cette expression est son leitmotiv, des migrants se noient sous nos yeux en essayant de traverser la Manche, quand le week-end dernier, Jupiter serrait chaleureusement la main de Mohamed Ben Salmane, prince héritier d’Arabie Saoudite, celui-là même qui fût le commanditaire de l’assassinat à la tronçonneuse du journaliste Jamal Khashoggi. L’égalité et la liberté à géométrie variable…
“Elle croyait qu’on était égaux, Lili, au pays de Voltaire et d’Hugo, Lili, mais pour Debussy en revanche, il faut deux noires pour une blanche, ça fait un sacré distinguo”. Je pense que Zemmour a encore de beaux jours devant lui ! Et Macron fera feu de tout bois !

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