Lettre (numéro 2) à Volodymyr Zelenski et à son épouse Olena Zelenska [par Jean-Paul Pelras]

Madame, monsieur,
j’avais décidé d’écrire une nouvelle fois à Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé, qui, après avoir été battue à la mairie de Paris, fut nommée à l’Organisation mondiale de la santé avant d’être, ces jours-ci et sur proposition de la Première ministre, choisie pour devenir conseillère maître en expertise à la Cour des comptes, tout en étant encore mise en examen par la Cour de justice de la République pour “mise en danger de la vie d’autrui” dans le cadre d’une enquête concernant la gestion de la crise sanitaire. Et puis, j’ai eu la nausée. Car, excusez le terme, mais au saut du lit un samedi matin, l’impunité et le mépris qui caractérisent l’entre soi macronien me donnent envie de gerber.

Alors, j’ai feuilleté quelques magazines et je suis tombé sur ça : “Le premier jour, elle porte un chemisier en soie écrue, un nœud en velours noir autour du cou et une jupe midi noire (…) Ses cheveux flottent sur ses épaules et elle porte une chemise couleur rouille. Je ne peux m’empêcher de penser que la chemise a la même teinte orangée que les chars russes calcinés que j’ai aperçus le long des routes à Irpin et Bucha” nous dit cet extrait de l’entretien exclusif réalisé par Vogue auprès d’Olena Zelenska et de son mari Volodymyr Zelenski, président ukrainien.
Un entretien qui évoque le quotidien de cette productrice de télévision, mariée à celui qui fut lui aussi producteur, réalisateur, acteur et humoriste. Parmi les nombreuses photos où l’on voit le couple enlacé (la légende précise : la première dame porte des créateurs ukrainiens tels que Bettter, Six, Hvoya, The Coat, Kachorovska et Poustovit…) ou se tenant par la main dans la lumière tamisée du palais présidentiel, Olena Zelenska, vêtue d’un long manteau bleu, pose “Debout et forte à l’aéroport Antonov, à Hostomel, avec un groupe de femmes soldats ukrainiennes.” “Elle est très précise dans ce qu’elle porte, mais elle laisse de la place à l’expérimentation”, nous apprend la styliste d’origine ukrainienne qui participe à “la création des images” pour ce reportage. À ce moment-là, la nausée me reprend, mais je résiste.

Nous découvrons aussi dans ce qui est intitulé “Portrait de bravoure” que celle qui fut conseillère en communication auprès de son mari a lu “1984” d’Orwell au début du conflit. Nous voilà renseignés sur le modus vivendi en temps de guerre du couple présidentiel, comme le sont les millions d’Ukrainiens qui liront peut-être ce magazine de mode où posent des mannequins portant des robes d’été aux motifs champêtres, où défilent des publicités vantant les mérites de tee-shirts tendance et de sandales vintage.
Une publication jugée déplacée, voire indécente pour certains, qui suscita énormément de réactions notamment sur les réseaux sociaux. Un “shooting photo” inapproprié alors que le peuple ukrainien vit aux antipodes des effets de mode, alors que l’économie planétaire subit les conséquences du conflit, alors que les pénuries alimentaires menacent, alors que le spectre d’une attaque nucléaire russe plane sur nos civilisations, alors que nos impôts servent à armer et à soutenir l’Ukraine contre l’invasion, alors que, dans le même temps, la hausse des matières premières précipite incertitude et inflation.

Dans une correspondance précédente, je me méfiais déjà de Volodymyr Zelenski, le trouvant un peu trop directif envers les dirigeants occidentaux et me demandant ce qu’il aurait fait à leur place. Impression confirmée avec ce déballage dithyrambique qui cherche à démontrer “la bravoure” d’un couple ordinaire bien fringué en temps de guerre. Allons, Madame Zelenska, allons Monsieur Zelenski, un peu de retenue, un peu de dignité, un peu d’humilité. Pensez aux millions de personnes qui soutiennent votre pays et qui se foutent complètement de ce que vous portez, comme ils apprécient moyennement vos mises en scène photogéniques à l’heure où, tout autour de vous, l’ambiance est apocalyptique. Le monde n’est pas un plateau de télévision où vous êtes désormais quelques dirigeants à paraître sans être, à jouer la comédie pour mimer la tragédie.

Les véritables héros sont des anonymes qui ne feront jamais la Une des magazines et qui, pour la plupart, contraints à l’exode ou mobilisées sur les champs de bataille, se moquent complétement de vos jupes, de vos pantalons, de vos foulards et de vos tee-shirts moulants, fussent-ils couleur kaki. Allons, Monsieur Zelenski, pensez-vous vraiment que le monde ait réellement besoin de ces images pour défendre votre pays ?

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