Lettre à Éric Ciotti, qui fait de la politique avec le temps des autres ! [par Jean-Paul Pelras]

Monsieur,
j’aurais pu m’adresser directement à Emmanuel Macron ou à Élisabeth Borne, mais je doute que l’un et l’autre soient disposés à entendre mon propos. Tout comme vous d’ailleurs, qui êtes probablement trop occupé à lorgner la mairie de Nice ou, le cas échéant, un strapontin du côté de Matignon.
Pour l’heure et peut-être afin d’étayer vos ambitions, vous soutenez donc la réforme des retraites imaginée par celui que vous avez pourtant combattu avec Les Républicains lors des suffrages précédents. Frayant dans les eaux basses d’une politique politicienne opportuniste qui n’en est pas à une contradiction près, cette alliance de circonstance ne surprend plus vraiment personne et pourrait précipiter votre parti vers le néant et l’oubli, privant ainsi notre pays d’un contrepouvoir, aussi minime soit-il, pourtant indispensable au bon fonctionnement de notre démocratie.

Le problème, voyez-vous, c’est que cette soudaine allégeance va permettre au chef de l’État et à son gouvernement d’emporter la mise sans recourir au 49-3 synonyme d’impopularité, catalyseur social considéré à l’international comme étant une forme de discrédit politique. Grâce, ou plutôt à cause de vous, des millions de Français vont subir une reforme injuste, voire injustifiée, qui rallonge le temps de travail et réduit celui que les séniors entendaient passer auprès de leurs proches. Petit supplément de vie qui n’appartient ni aux présidents, ni aux ministres, ni aux députés et encore moins aux “chefs” de partis.

Vous faites, à l’instar des décideurs du moment, de la politique avec le temps des autres. Et vous participez à cette confusion qui va impacter le monde du travail comme le quotidien des particuliers. Avez-vous songé un instant seulement à celles et ceux qui, pouvant prétendre à une carrière longue, avaient prévu de céder leurs entreprises en 2023 ou en 2024 par exemple ? Si l’on s’en réfère aux annonces d’Élisabeth Borne : départ à 58 ans pour ceux ayant débuté entre 14 et 16 ans, 60 pour ceux ayant débuté entre 16 et 18 ans et 62 pour ceux ayant débuté entre 18 et 20 ans. Deux ans de rabiot donc, à moins qu’il faille se rendre sur le site “Info retraite” mis en place ces jours-ci à la demande du gouvernement où le simulateur indique pour cette occurrence 60 ans et 9 mois… Au-delà de cette énième confusion dont ceux avec qui vous venez de vous allier sont coutumiers, demeurent l’incertitude et les interrogations de celles et ceux qui avaient prévu de transmettre, de céder, de vendre… avec des dossiers élaborés en amont leur permettant d’honorer convenablement ces transitions. Idem pour le salarié qui avait prévu de partir fin 2023 et dont le remplacement était prévu et pourvu.

Avez-vous seulement pensé, Monsieur le député, conseiller départemental des Alpes Maritimes, aux désagréments que cette réforme allait causer à ceux qui travaillent depuis 42 ans et plus, qui n’ont pas la chance de travailler à la Comédie française et qui vont devoir, dans l’année, envisager le prolongement imprévu de leurs activités ?
Emmanuel Macron déclarait lui-même lors du Grand débat en 2019 “Franchement, ce serait assez hypocrite de décaler l’âge légal de départ en retraite. Quand on est soi-même en difficulté, bon courage déjà pour arriver à 62 ans !” Voilà où vous en êtes, Monsieur Ciotti, à cautionner l’impéritie et la pirouette, la contradiction permanente d’une politique qui ne satisfait personne, suscite les tensions, rajoute de l’arrogance au mépris et, probablement dans les jours à venir, de la colère au dépit.

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