Greta Thunberg ne nous a pas tout dit ! [par Jean-Marc Majeau]

Connaissez-vous la Suède ? Peut-être pas. Vous savez qu’il y fait froid, que le soleil disparaît en août pour ne réapparaître qu’en avril, qu’on y mange des harengs fermentés et qu’on y boit de l’aquavit. C’est une monarchie où l’on paye en couronnes. Le roi s’appelle Charles XVI soit XIII de plus que les Anglais ! La personnalité publique la plus connue est le père Noël. Si vous n’aimez ni le tennis, ni le ski, ni le cinéma, vous ne connaissez donc aucune des autres célébrités locales. Sauf Greta ! Non, pas Garbo (pourtant Suédoise elle aussi). Non : Greta Thunberg, l’égérie aérophobique de l’écologie.

Comme elle, son pays est, dans l’inconscient collectif, un modèle de promotion des énergies renouvelables. Une sorte de donneur planétaire de leçons de “bien vivre”. Les dépliants touristiques nous racontent le soleil de minuit, les pistes de ski de fond, les bouleaux couverts de neige et les troupeaux de rennes. Tout ceci entouré d’un air si pur que même le pire mutant Covid ne pourrait y survivre. Une carte postale ! Exemple : Kiruna. À 17 h de train de Stockholm, cette cité futuriste allie une activité ludique, sportive, touristique et économique devenant, selon les agences de voyage, le “petit bijou de la Laponie suédoise”. Au pied du point culminant du pays, proche du cercle polaire, au milieu des marais gelés et des arbres saupoudrés de flocons, on peut y contempler les aurores boréales tout en pratiquant le ski de fond tracté par des malamutes ! Ça, c’est pour le prospectus publicitaire ! La réalité est toute autre.

Kiruna est d’abord un bijou économique ne devant son existence et sa prospérité ni à ses vertus pittoresques ou touristiques, mais, exclusivement, aux ressources inestimables de son sous-sol riche du plus grand gisement de minerai de fer du monde. L’extraction dure depuis cent ans. Tous les jours, les engins creusent sans relâche. La montagne est déchirée et la terre résonne chaque nuit du bruit des explosifs excavant d’interminables tunnels qui, tels des galeries de termites, menacent gravement tout le soubassement. La ville est aujourd’hui en passe de s’effondrer sur elle-même. Pour continuer l’exploitation, la compagnie d’état LKAP propose, tout bonnement, de déménager habitations et bâtiments historiques qui ne reposent, aujourd’hui, que sur du vide.

En Laponie, les rennes verront passer des maisons

Ce projet pharaonique est présenté comme un modèle vertueux de cohabitation entre une économie florissante et un cadre de vie écoresponsable. Kiruna est devenue l’icône expérimentale de la création destructrice de l’anthropocène et de la fuite en avant amnésique de l’homme aveuglé par ses excès. Les habitants assistent, muets, au spectacle incroyable de maisons entières, chargées sur d’énormes convois de poids lourds, pour être implantées à plusieurs lieues de là. Les monuments historiques suivront. Exploiter les ressources du sol sans aucun impact environnemental requiert cette prouesse, acceptée sans réserve par une population qui ne peut la refuser. Perdre son emploi et rester exposé au risque de périr avalé par le sol durant son sommeil explique l’apathie. Mourir enseveli alors qu’on travaille dans une mine à “ciel ouvert” serait vraiment le comble de l’ironie ! Cela se fera donc, les enjeux économiques se révélant plus importants que la survie d’une ville…

Et ce n’est malheureusement pas terminé. La semaine dernière, la presse nous apprenait avec enthousiasme que les monticules de gravats, générés par cette exploitation, seraient une source exceptionnellement riche en “métaux stratégiques” et en “terres rares”. Ceux-là même que se disputent la totalité des puissances économiques, en vue, notamment de la future fabrication des batteries. La Suède va monnayer cette manne inattendue à l’Europe, qui va se ruer dans la brèche, rêvant d’une indépendance énergétique ! À mon avis, les Suédois de Laponie n’ont pas fini de voir leur maison se promener. Kiruna va devenir le paradis mondial du mobil-home ! Chez nous, les vaches regardent passer des trains. En Laponie, les rennes verront passer des maisons ! C’est le père Noël qui va être content ! Mais que va dire Greta ?

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