Les poiriers à l’ombre [par Yann Kerveno]

Sun’Agri a inauguré sa deuxième installation dans les Pyrénées-Orientales. Les panneaux solaires mobiles couvrent 2,4 hectares d’un verger de pêcher planté par Pierre Battle à Llupia.

Sun’Agri ne pouvait rêver meilleur avocat que l’été 2022 et ses excès à l’heure de mettre en route sa nouvelle installation, la deuxième dans le département après celle du domaine de Nidolère sur une parcelle de vigne à Tresserres. Chez Pierre Battle, à Llupia, ce sont des poiriers qui profitent de l’ombre paramétrable du système. “Vous voyez, là il vient de passer un nuage et de suite la température que nous ressentons baisse” explique Damien Fumey, responsable de la R&D chez Sun’Agri, pour faire toucher du doigt le fonctionnement de l’installation. “Les panneaux de l’ombrière font exactement la même chose.” À plusieurs mètres de haut, les panneaux solaires sont capables de s’opposer complètement au soleil ou de s’effacer tout aussi complètement.

Protection

Agronomiquement, l’ombrière permet de faire tomber les températures, de limiter la transpiration des plantes donc de limiter les quantités d’eau nécessaires au fonctionnement des arbres. Elle protège un peu de la chaleur, des brûlures directes du soleil sur les fruits, mais aussi du froid en limitant l’impact des gelées blanches, au froid qui “tombe du ciel” ou de la grêle…
“C’est un système symbiotique dans lequel les panneaux sont présents pour garantir le bien-être de la plante tout en produisant de l’électricité. Le système fait en sorte que la météo, mais surtout le climat de la parcelle, ne soit plus une contrainte exogène subie par le producteur” précise Antoine Nogier, PDG de Sun’Agri.

Des gains de plusieurs ordres

Les mouvements des panneaux sont assujettis aux besoins des plantes. L’installation est pilotée par une intelligence artificielle nourrie en continu par les donnes collectées dans la parcelle. Une foule de capteurs ausculte la parcelle et les arbres en permanence. Rien n’est laissé au hasard. “La station météo classique est complétée par des sondes tensiométriques ou capacitives placées dans le sol pour en suivre l’humidité. Les arbres mêmes sont équipés pour que puissent être monitorés les flux de sève par exemple, la température des feuilles est surveillée…” ajoute Damien Fumey. “Grâce aux modèles que nous avons développés, nous sommes ainsi capables d’amener de l’ombre ou du soleil à la plante en fonction de ses besoins exacts.”
Quant aux gains, ils sont de plusieurs ordres selon le pas de temps choisi. “Il est difficile de caractériser une progression des rendements sous l’ombrière” reconnaît Damien Fumey.

Économie et qualité

“Par contre, sur une année normale, cela permet d’économiser de l’eau en limitant l’évapotranspiration des plantes et des sols, cela fait progresser la qualité des fruits. C’est très évident sur les questions d’aspect, il n’y a pas de brûlure, pas de coups de chaud, pas d’impact de grêle, cela joue sur la coloration. Mais cela a aussi un impact sur la composition chimique des fruits, l’acidité, le taux de sucre. Pour la vigne, cela permet de préserver l’acidité tout en ralentissant le chargement en sucre…”
L’impact sur le rendement est par contre évident en cas de calamité. “Si l’ombrière permet de préserver d’un passage de grêle ou d’un coup de gel tous les 10 ans, c’est une récolte sauvée et cela équivaut à 10 % de rendement en plus chaque année.” Pendant la conversation, et pour les fins de la démonstration, les ombrières sont mises en mouvement.

Pas de risques

“Chaque projet est le fruit d’une association à trois, le producteur agricole, le producteur d’électricité, qui peut également être le producteur agricole et Sun’Agri qui assure la gestion de l’ombrière et la réponse aux besoins des plantes. Les retours sur investissements sont similaires à ceux des autres systèmes, l’installation est amortie en 18 ans et le bénéfice se réalise sur les 12 années suivantes” détaille encore Antoine Noguier.
Mais n’existe-t-il pas un risque que la production d’électricité soit privilégiée par rapport aux plantes ? Surtout aux prix actuels du marché de l’électricité. “Non, le système dans lequel nous nous inscrivons est encadré avec un prix d’objectif. Si le prix de l’électricité sur le marché est inférieur au prix d’objectif, l’État nous rembourse, par contre, s’il est au dessus, c’est l’État qui récupère la mise… Comme en ce moment où l’État engrange beaucoup !”

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