Laissez-nous soigner nos patients ! (Par le Dr Jean-Marc Majeau)

Je connais trois activités qui pardonnent rarement l’incompétence : la voile, l’alpinisme et le pilotage d’avion. Tous ceux, ignares prétentieux, qui, sans qualification, s’imaginent être capable d’affronter l’océan, la haute montagne ou de surmonter le défi d’Icare, disparaissent très rapidement de la planète.  Malheureusement, et je le déplore amèrement, l’exercice de l’art médical ne fait pas partie de ce groupe restreint d’activités. Dès lors, des incapables suffisants s’imaginent habilités à s’approprier le bâton d’Esculape, Dieu de la médecine antique, au prétexte qu’aucune conséquence immédiate ne sautera aux yeux du commun des mortels. Tel étant leur bon vouloir, appuyés sur un mandat démocratiquement obtenu, ces Diafoirus du Monde nouveau, s’accaparent, depuis une année, sans aucune vergogne, des pans entiers de notre science, sans que personne n’y trouve à redire. Depuis des semaines, la tête pensante de notre nation essaye, dans une incompétence dont elle n’a, évidemment aucune conscience, de piloter un navire dont elle ne connait pas les secrets de fonctionnement. Ceci est d’ailleurs ce qui caractérise l’incompétence : plus on devient qualifié dans une matière, plus on constate l’étendue de son ignorance. L’inverse étant réciproque, l’incompétent ne peut jamais s’imaginer son degré de nullité ! C’est ce qui lui donne l’illusion du savoir ! Molière en fût un magnifique pamphlétaire et je regrette qu’aujourd’hui, il ne soit pas présentateur à BFM TV ! Ça nous ferait rire parfois ! Envisager de traiter une pandémie en interdisant aux médecins d’utiliser les médicaments qu’ils connaissent et qu’ils pensent utiles, parier sur l’avènement hypothétique de vaccins pour, dés leur arrivée sur le marché, être incapable de s’en procurer le stock suffisant faute d’anticipation, mettre en œuvre une campagne publicitaire pour vaincre la réticence des populations envers ce remède miracle, pour en suspendre l’utilisation à la première alerte, opposer pharmacien et médecins, imaginer des “vaccinodromes” où même les vétérinaires (qui n’ont rien demandé) seraient mis à contribution, tenter le pari insensé de ne pas isoler les foyers les plus prolifiques de contaminations, tout en favorisant à grands renforts médiatiques, les transferts de patients contagieux vers des régions jusque-là épargnées… La démonstration absurde du “en même temps” !

Interventions déprogrammées, blocage de l’approvisionnement en produits d’anesthésie …

Nous apprenons aujourd’hui que, dans notre région où le virus circule très peu, les interventions seront déprogrammées dès le 18 mars. Cette information, transmise par les directions des établissements, a entrainé une vindicte des professionnels de santé, à laquelle l’ARS a immédiatement répondu par le blocage de l’approvisionnement en produits d’anesthésie, coupant court à toute volonté de rébellion ! Toujours par la force, jamais par le dialogue ! Alors que nous profitions de l’accalmie virale régionale pour faire revenir les patients, déroutés par les nouvelles contradictoires diffusées en boucle par les médias, nous allons, sans aucune raison valable, devoir les abandonner, comme nous avions été sommés de le faire voici un an, engendrant des conséquences bien plus délétères sur l’ensemble de la population, que celle de ce virus dont la principale pathogénie sera d’avoir phagocyté le cerveau surdimensionné de nos gouvernants ! Je suis intimement convaincu que les médecins ont, en général, beaucoup de sang-froid quand ils exercent leur art. Et ce sang froid donne confiance à tous ceux qui se confient à nous. À l’inverse, je suis pareillement convaincu que les gens qui dirigent ce pays n’ont ni courage ni stratégie : ils naviguent à vue ! Ainsi, comme l’inconstance est la norme, il y a fort à parier que le contre-ordre viendra sous peu. Le vaccin sera autorisé à nouveau, la fermeture des blocs repoussée et l’approvisionnement en médicaments assuré. Parce que, depuis le début de cette crise, les décisions du jour changent toujours le lendemain ! Selon le sens du vent. Or, chez nous, il y en a beaucoup ! C’est finalement plutôt de bon augure ! A force de se perdre, quelquefois, on retrouve le chemin !

 

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