La solution : ne plus construire à moins de 150 mètres d’un champ ! (Par Jean-Paul Pelras)

En soutien aux deux agriculteurs interpellés ce jour mardi 14 décembre, alors qu’ils manifestaient devant le Conseil d’Etat pour protester contre l’élargissement des zones de non traitement réclamé par les écologistes, nous republions ce texte diffusé  en septembre 2019.

Dans une autre vie, nous exploitions avec mon frère une propriété maraichère attenante à un lotissement. Au bout de quelques années, nous avons été confrontés à l’intolérance d’une poignée de néo-ruraux fraichement installés. Pour faire court, ce ne sont pas eux qui s’installaient à la campagne, mais plutôt la campagne qui s’installait chez eux. Très rapidement ces « amoureux de la nature » nous firent comprendre qu’il fallait arrêter de labourer quand ils venaient d’étendre leur linge, de démarrer un tracteur tant qu’ils n’avaient pas ouvert leurs volets, de sulfater quand ils étaient dans leur jardin, d’épandre de l’engrais et de faire à peu près tout ce qu’un agriculteur doit faire pour cultiver et récolter. En revanche, ces gens-là ne s’interdisaient aucune escapade pour s’approvisionner en légumes chez le méchant voisin ou pour venir dans notre jardin, entre deux rangs d’artichaut et trois sillons de salade, faire pisser leurs chiens. Au bout de quelques mois, nous avons résilié le fermage qui courait depuis presque deux décennies. Deux ans plus tard le maire de la commune (qui était encore un agriculteur …)  nous confia que l’ambiance n’était guère au beau fixe dans le lotissement. Les riverains  se plaignaient en effet des rats et des couleuvres qui  s’invitaient à l’heure du brunch, de la sieste ou du déjeuner. Le champ était devenu un terrain vague où d’autres venaient jeter les machines à laver, les chiottes cassées, les meubles dont personne ne veut, les gravats, les pots de peinture, les pneus. Et puis il y avait la drogue et ceux qui se donnaient rendez-vous entre la prise d’eau et le chemin où plus personne ne passe,  ces seringues qui trainaient un peu partout, le papier cul, les capotes, tous ces trucs dégueulasses … J’y suis allé l’autre jour, le terrain est toujours en friche. Plus aucun paysan n’est revenu et les champs d’à côté, à leur tour, ne sont plus cultivés.

Un scenario qui pourrait satisfaire toutes celles et ceux qui veulent installer un périmètre de sécurité entre la propriété agricole et la maison d’habitation.

Et hop, un peu moins de paysans au pays. Pas grave, le tracteur ne fera plus de bruit sous la fenêtre et il y aura un peu plus de merde à acheter au supermarché. A moins qu’il ne faille revoir les règles d’urbanisme en imposant à celui qui construit de se retirer… ? Pourquoi ne pas lancer une consultation sur le sujet ? Pourquoi ne pas installer, une bonne fois pour toutes, une véritable frontière entre les gens des villes et les gens des champs ? Car c’est, en définitive, ce que sont en train de faire celles et ceux qui manipulent l’opinion et diabolisent le paysan. 

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