Joyeux avril ! [par Jean-Paul Pelras]

Pour essayer de savoir ce que veulent les Français alors que, publiquement ou secrètement, ils viennent de formuler leurs vœux à l’aune de l’an nouvellet, il faut se remémorer ces petites phrases jonglées au fil des conversations qui firent le sucre et le sel de nos repas de fêtes, de nos retrouvailles, de nos timides ou plus impétueux réveillons. Avec, peu y auront certainement échappé, deux sujets qui revenaient en boucle : “le” Covid et les élections. Deux sujets indissociables parce que le traitement de la crise sanitaire va indiscutablement conditionner le résultat des suffrages, qu’il soit présidentiel dans quatre mois ou parlementaire en juin.

Car si, traditionnellement, le prétendant à l’Élysée, candidat à sa succession, bénéficie d’une longueur d’avance et du prisme médiatique plus ou moins calibré lié à sa fonction, il pourrait, cette fois-ci, payer le prix d’une certaine érosion. Cette érosion qui, depuis les Gilets jaunes jusqu’au scénario des rappels vaccinaux à répétition, suscite le découragement, la lassitude et, osons le terme, une certaine aversion.

À l’heure des agapes, quelques convives, d’ordinaire rétifs aux conversations politiciennes, ne dissimulaient plus, cette fois-ci, ni la couleur de leurs intentions, ni le souhait de tourner la page d’un quinquennat usé par l’incurie, l’arrogance, la contrainte, la mauvaise foi et la coercition. Comme si le mois d’avril, avec l’avènement du printemps, devait aussi être synonyme de changement. Non pas de ce changement à deux balles que l’on nous promet depuis plus de trente ans dès qu’il s’agit de fourguer ou de refourguer des professions de foi usées jusqu’à la corde par des décennies de mensonges et de renoncement. Mais d’un vrai changement qui tiendrait compte d’une réalité économique, en proie aux vicissitudes d’une inflation que le gouvernement actuel tente de minimiser, en proie aux effets d’une dette abyssale que les pouvoirs successifs ont creusé depuis 1960 avec 2 700 milliards de déficits publics cumulés, en proie à un déséquilibre inquiétant concernant notre balance commerciale, en proie à une perte de confiance vis à vis de l’exécutif et de la classe politique en particulier, en proie au spectacle de variété affligeant auquel se livrent de plus en plus fréquemment ceux qui usent du mépris, de la comédie et du déni pour gérer notre pays.

Comme si ceux qui nous gouvernent étaient devenus nos pires ennemis

C’est de tout cela dont il fut question autour du repas de Noël et le soir du 31 décembre. Comme si ceux qui nous gouvernent étaient devenus nos pires ennemis. C’est ce constat qui doit nous interpeller, qui doit interpeller ceux qui, déjà en campagne, s’apprêtent à battre le pavé, à serrer des louches au kilomètre, à promettre ce qu’ils ne pourront jamais tenir, à se servir dans l’entre soi des salons dorés plus qu’à servir sur le terrain des réalités.

Car c’est ce désamour de plus en plus prégnant qui fera l’actualité des mois à venir avec des ficelles trop fatiguées pour être encore fiables, avec des carrières tellement manœuvrées et inutiles qu’elles en deviennent irrespectables. Avec cette obligation de résultat jamais exigée, jamais assumée qui, au bout du compte, conditionne le débat et pourrait rebattre les cartes d’un État trop bien habitué au suivisme resigné d’un certain électorat. Cet électorat qui, depuis quelques suffrages, a choisi de s’abstenir pour exprimer son indignation. Une abstention dont se désolent les “garants de la République et de la démocratie”. Une abstention qui pourtant, à bien y regarder, arrange plus qu’elle ne dérange ceux qui misent sur elle pour conserver le pouvoir, préserver leur pré carré et la continuité de leur impéritie.

Pour clore ce premier édito de l’année, je vous dis bien sûr “que santé, bonheur, prospérité et amitié vous accompagnent en 2022”. Mais aussi, parce qu’il faut retrouver ce panache et cette dignité auxquels nous sommes tant attachés, quoi qu’il en coûte, quoi qu’on en pense, quoi qu’on en dise, quoi qu’il en soit, en avril, libres et déterminés, allons voter !

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