Lettre à Napoléon, à propos de la Légion d’honneur [par Jean-Paul Pelras]

Mon général, mon caporal, son altesse impériale, Jean de l’épée, la paille au nez, Bonaparte, Napo… Permettez cette intrusion de l’autre côté du chronomètre où vous séjournez depuis les Invalides, l’Ile d’Elbe, Sainte Hélène et toutes ces retraites où vous fûtes contraint de vous retirer, pour vous signaler une malfaçon, un défaut de fabrication, une affectation inappropriée de l’une de vos inventions.
Pour faire court, c’est en quelque sorte au responsable du service après-vente que je viens m’adresser avec cette première correspondance de l’année, le dysfonctionnement en question concernant l’insigne dont vous êtes le promoteur attitré.

Souvenez-vous, c’était le 19 mai 1802. Vous étiez alors Premier consul de la République et vous décidiez de décerner la plus haute distinction honorifique française aux militaires comme aux civils ayant rendu des services éminents à la Nation. Depuis, si l’on s’en réfère à quelques comptages moulés à la louche, plus d’un million de récipiendaires se sont vu attribuer ladite distinction. Parmi eux, des gens qui, sans aucun doute, méritaient le satisfecit, d’autres, beaucoup plus nombreux, tombés dans l’anonymat des champs d’honneur qui ont dû se contenter de l’oubli pour prétendre à l’accècit. Enfin, d’où l’objet de ma requête, quelques-uns et quelques-unes qui bénéficièrent d’une erreur d’aiguillage pouvant être assimilé, dans certains cas, à un plan de sauvetage.

Comme le veut la tradition des étrennes et des remises de hochet à celles et ceux qui l’ont bien mérité, la promotion du premier janvier vient donc de récompenser 547 personnes parmi lesquelles, élevé au grade de commandeur s’il vous plait, Jean François Delfraissy, président du Conseil scientifique Covid 19, infectiologue, immunologiste, plus connu pour ses prestations télévisées où, depuis bientôt deux ans, chacune de ses apparitions a le don sanitaire et sécuritaire de saborder le moral des Français. Mais que voulez-vous, et vous en savez quelque chose pour avoir sacrifié vos grognards sur les rives de la Bérézina, qui châtie bien aime bien et vice versa. Arrivent ensuite Gérard Collomb et François Rebsamen, socialistes rescapés d’une autre Bérézina que mesdames Hidalgo et Taubira tentent de nous faire oublier. Et puis, en pôle-position des breloques les plus commentées, voilà que nous retrouvons une autre dame, un temps exilée chez les Helvètes après sa défaite lutécienne et son départ précipité du ministère de la Santé pour l’OMS où elle perçoit chaque mois 15 000 euros d’indemnités.
Vous l’aurez deviné, vous qui, depuis deux siècles du haut de votre empire, contemplez la médiocrité de ceux qui nous dirigent, il s’agit d’Agnès Buzyn mise en examen en janvier 2021 par la Cour de justice de la République pour mise en danger de la vie d’autrui consécutivement à sa gestion de la crise Covid 19. Notons que si la médaille doit être attribuée à toutes celles et ceux qui, dans cette affaire, y sont allés à tâtons, nous risquons de connaître pléthore d’attributions dans les mois à venir et, à n’en point douter, quelques ruptures dans la chaine de fabrication.

Pourriez-vous, à ce titre, cher Napo, passer un coup de grelot à Manu ou à Jeannot afin de leur signaler cette bourde, ce défaut de jugement, cette utilisation inappropriée de votre talisman. Dans la mesure où, vous en conviendrez, difficile d’entrevoir pour cette occurrence où se situe “le service éminent” qui, à bien y regarder, tient moins d’Arcole que de Waterloo.
Je vous laisse, votre altesse, votre majesté, sur ces mots avec cette étrange Légion dont l’honneur désormais consiste surtout à la refuser.

Depuis la terre, Jean-Paul Pelras

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