Incendies : la vigne plus que jamais indispensable [par Yann Kerveno]

Les récents incendies d’Opoul et de Millas rappellent le rôle essentiel de l’agriculture dans la lutte contre les incendies.
Christophe Olive (©Yann Kerveno)

L’incendie d’Opoul a encore montré combien les cultures en général, et la vigne en particulier, pouvaient jouer un grand rôle dans la protection des biens, des personnes et plus généralement des villages des Pyrénées-Orientales. Il n’y a qu’à parcourir le web et regarder les photos publiées, en particulier des abords de Salses un temps menacé par les flammes, pour se rendre compte qu’en l’absence de l’action décisive des pompiers, le bilan pourrait être bien plus lourd. “La vigne, pour nous, c’est un élément capital pour la lutte contre les incendies ici” explique Christophe Olive. S’il est arboriculteur à Néfiach, il est aussi commandant des pompiers à Millas et conseiller technique feux tactiques et brûlage dirigés dans le département. C’est à ce titre en particulier qu’il dirige, durant l’hiver, les brûlages de landes en montagne. Pendant l’été, son rôle est d’aider le commandement des
pompiers à analyser la situation des incendies pour apporter des éléments techniques à la stratégie à déployer. “Mon rôle c’est de me servir de ce que la nature nous offre, c’est-à-dire de tous les espaces pyrorésistants, qui résistent ou freinent le feu pour mener la lutte la plus efficace.”

Que les vignes soient prises en compte

La vigne, les régions méditerranéennes le savent bien, ne brûlent pas et constituent donc un allié de poids dans la lutte contre les incendies. “Les parcelles de vignes sont généralement desservies par des pistes entretenues qui nous permettent de circuler, elles permettent aussi aux pompiers de se mettre à l’abri et c’est à partir d’elles que nous pouvons allumer les contre-feux en bordure. Cela brûle les deux premiers rangs mais ensuite les flammes sont aspirées par le feu contre lequel nous luttons.”

Certaines autres cultures jouent aussi ce rôle, comme les vergers. “À Salses, le feu est venu s’écraser contre les vergers de Massot. Toute terre cultivée est un point d’appui potentiel pour nous” précise-t-il. “J’aimerais que les pouvoirs publics prennent en compte le rôle des cultures dans cette lutte, qu’on prenne en compte la présence de ces vignes et des faibles rendements que nous avons aujourd’hui, qu’on prenne en compte les hommes qui les possèdent et y travaillent, dans leur rôle de prévention des incendies et plus globalement dans la lutte contre les incendies. Personnellement, je préfère voir de la vigne que des canadairs tourner des après-midi durant dans le paysage. Il faut que la vigne soit classée comme outil de défense. À Millas, en même temps qu’à Opoul, les vignes nous ont permis de mettre nos moyens de lutte en place et de nous mettre en sécurité et les vignes de Caladroy offraient une coupure de combustible primordiale.”

2 000 mètres à l’heure

Et plus la surface est grande, plus la coupure est efficace. “Avec la tramontane, on a des sautes de feu, des braises incandescentes qui peuvent franchir 200 à 300 mètres, quand elles tombent dans une vigne, elles s’éteignent d’elles-même…” À condition que la vigne soit propre car la résistance n’est pas la même si le sol est couvert d’herbes sèches qui peuvent s’enflammer et accélérer la propagation du feu au ras du sol, sous la vigne. “Avec 50 km/h de tramontane, on a une vitesse théorique d’avancement du feu de 1 500 mètres par heure, mais ici on est plus près de 2 000 mètres” ajoute-t-il. “Et il ne faut rien négliger du débroussaillement des abords des habitations, surtout de se battre, quand on est propriétaire, pour que les abords des bâtiments soient correctement débroussaillés. Même si le terrain ne vous appartient pas, il faut s’en préoccuper, faire bouger les propriétaires et tout mettre en œuvre pour ne pas donner la possibilité au feu de passer par chez vous.”

50 tonnes/hectare

Et pourquoi la situation est si problématique cette année ? “Parce qu’il y a beaucoup de combustible au sol. Il a plu ce printemps, la végétation a poussé, il y a environ 50 tonnes de matières sèches à l’hectare cet été, contre 25 en moyenne…” Il détaille ensuite la mécanique implacable quand il y a tant de combustible au sol. “Plus il y a de rayonnement, plus il y a de puissance, plus il y a de fumées et plus les flammes sont hautes.” Raison de plus pour être encore plus prudent et prendre l’habitude de consulter les prévisions d’incendies au même titre que la météo. Et se demander finalement, au vu des friches qui pullulent autour des villages du département pour cause de rétention foncière, qui offrent refuge aux sangliers et combustible susceptible de provoquer des drames en zone urbaine, comme cela se passe en Californie, pourquoi les pouvoirs publics locaux et nationaux sont si peu mobilisés ?

Pour s’informer des conditions de risque :
https://effis.jrc.ec.europa.eu/apps/effis_current_situation/
ou https://www.prevention-incendie66.com

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