Gel en agriculture : un « milliard » à surveiller de très près ! (Par Jean-Paul Pelras)

Un milliard ! Même si, toutes productions et territoires confondus, le montant du préjudice occasionné par le gel pourrait bien être quatre fois supérieurs à ce chiffre, il faut reconnaître qu’il a de quoi produire un certain effet. D’où cette prudence quant à la répartition de la somme annoncée.

Au catalogue des mesures énumérées par le Premier ministre, en déplacement sur le terrain dans le Midi de la France avec le ministre de l’Agriculture, nous retiendrons le report et l’exonération de cotisations sociales, des dégrèvements de taxe foncière, une enveloppe d’urgence allouée « sous dix à quinze jours » visant à apporter un soutien immédiat aux exploitations les plus en difficulté, une indemnisation des arboriculteurs au titre du dispositif des calamités agricoles relevée jusqu’à 40% pour les pertes les plus significatives. Et, pour les filières, notamment viticoles qui ne sont pas couvertes par ce régime car le risque est assurable, la mise en place d’un soutien exceptionnel comparable à celui des calamités agricoles. A cela et après négociations avec les banques, viendront probablement se rajouter les mécanismes habituels de report d’emprunt avec prises en charges d’intérêts et autres études des situations au cas par cas.

Reste à savoir quand et comment ce « milliard » va être attribué. Par expérience, le monde agricole sait qu’il va devoir, une fois de plus, faire preuve de patience et de vigilance afin que les promesses soient honorées intégralement et dans des délais raisonnables. Les conditions d’attribution étant, semble-t-il, élargies par rapport aux dispositifs classiques, ceux qui ont été impactés par cette nouvelle intempérie peuvent espérer une prise en charge plus appropriée que lors des sinistres précédents, dont le règlement n’est pas encore soldé pour certains …

Quand les berlines du pouvoir auront disparu

Un milliard pour compenser des pertes de revenu à l’instar, ni plus ni moins finalement, de ce qui est consenti depuis un an à d’autres secteurs d’activité impactés par une crise sanitaire également responsable de l’érosion des marchés en viticulture, que ce soit en France comme à l’export. Un milliard qu’il faudra décortiquer en distinguant le montant des sommes affectées au reports des différentes charges devant être tôt ou tard remboursées et celui des aides directes que percevront les filières concernées. Sachant que, jusqu’à l’été 2022 pour les arboriculteurs et jusqu’à l’automne de cette année là pour les vignerons, beaucoup ne récolteront pas.  Sachant également qu’ils devront tout de même continuer à entretenir leurs cultures, à financer la main d’œuvre, les intrants, le matériel et tout ce qui fait le quotidien d’une exploitation.

Le magnétisme ministériel une fois éventé, les caméras une fois reparties, les responsables « invités » lors de ces visites officielles devront donc veiller à l’application des mesures annoncées.  En d’autres termes, la vigilance consulaire et syndicale devra se substituer au protocole des déplacements minutés.

Car, dans les mois qui vont suivre, le message et l’application concrète des mesures annoncées risque de se diluer dans les circonvolutions politiques et politiciennes du moment au sein d’une crise sanitaire qui focalise toutes les priorités économiques et sociales. Que sera devenu le dossier gel à l’automne ? Certains prétendent que, bien au contraire, élections obligent, l’agriculture sera considérée à la hauteur de l’enjeu qu’elle représente. Autrement dit … 0.8 % des suffrages pour l’ensemble du territoire, toutes productions confondues qu’elles aient été gelées ou non…

Le genre de ratio qu’il ne faut jamais perdre de vue quand, dans la poussière des chemins perdus, les berlines du pouvoir auront changé de main ou auront disparu.

Jean-Paul Pelras

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