Engrais : un marché toujours difficile à prévoir [par Yann Kerveno]

Malgré la détente récente du prix du gaz, il reste complexe d’y voir clair et de prendre les bonnes décisions !

“La situation est telle qu’il reste très difficile de se projeter” assène François Prier, chef de marché nutrition des plantes chez Arterris, témoignant de la circonspection qui règne toujours sur les marchés des engrais, qu’ils soient de synthèse ou organiques… “Avec la douceur de cet automne, le marché du gaz s’est un peu détendu” précise-t-il “cela a permis à des usines qui avaient cessé de produire à cause du coût du gaz, de revenir sur le marché, il y a donc une certaine détente sur le marché des produits azotés.” Pour le marché de l’urée, la situation est complètement différente et l’appétit de l’Inde, qui lance un nouvel appel d’offres plus tôt que prévu, est venue compliquer la donne. “Ce sont des appels d’offres qui portent sur des centaines de milliers de tonnes, voire plus d’un million de tonnes, cela pèse lourd sur le marché…” Les prix sont trois ou quatre fois supérieurs à ce qu’ils étaient il y a deux ans. “En 2020, nous étions à un plus bas historique, nous sommes là à un plus haut historique.”

Amendements organiques

On pourrait croire que les produits de substitution aux engrais de synthèse classique s’en sortent mieux. Ce n’est pas forcément le cas selon François Prier. Pour s’adapter, une partie des producteurs de céréales se sont en effet tournés vers les amendements organiques (compost) qui ont connu un afflux sans précédent. “Très vite, les producteurs se sont trouvés en flux tendus dans l’impossibilité de prendre de nouvelles commandes” témoigne encore François Prier. D’autant que les producteurs sont tout autant confrontés à des difficultés de sourcing et de prix de leurs matières premières pour leurs engrais organiques en bouchons. Pour couronner le tout, la grippe aviaire repartie dans l’Ouest de la France raréfie les ressources en fientes pour les mois qui viennent.

Équation logistique

S’il n’y avait que la question du prix, l’équation serait somme toute simple en dépit du poids sur les trésoreries. “Nous avons conseillé, et je pense que nous avons bien fait, aux agriculteurs de se couvrir petit à petit, camion par camion par exemple, ou de se grouper pour les achats, mais ce sont des méthodes auxquelles ils ne sont pas habitués” ajoute François Prier. Qui redoute une couche supplémentaire de problèmes alors que les ports s’engorgent. “Il faut espérer que lorsque les agriculteurs auront besoin de leurs engrais, il y ait alors suffisamment de camions pour les acheminer. La logistique est, cet hiver, un facteur de risque supplémentaire. Mais ce qui est sûr, c’est que les plus anciens dans le métier n’ont jamais connu pareille situation.”

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