Continuer à s’envoyer en l’air pour le plaisir [par Yann Kerveno]

Installé entre Ille et Bouleternère, Julien Martin cultive une passion pour le Wake Board. Sport qu’il a pratiqué un peu en compétition mais aujourd’hui, juste pour le plaisir d’être à l’eau.

Pour la première fois depuis bien longtemps, Julien Martin n’est pas parvenu à chausser sa planche au milieu de la saison de pêche nectarine. “C’est vrai, c’est une année un peu spéciale pour moi, la première année où je fais tout en bio, et aussi la première année sans mon bras droit qui a pris sa retraite, alors j’ai décidé de me consacrer pleinement à l’exploitation durant ces derniers mois.” Installé depuis 2001 avec son père, puis en 2008 tout seul, il est à la tête d’une vingtaine d’hectares de vergers, cerise, abricot, pêche et nectarine. Des vergers dont il vient de terminer la conversion en bio donc, en trois étapes et qui l’ont aussi vu changer de coopérative. Il a quitté la Melba pour rejoindre la coop Latour, entreprise qui a décidé de se consacrer uniquement à la production bio. Pour le wakeboard, sport pour lequel il a donc besoin d’une planche, c’est une longue histoire. L’histoire d’une amitié et d’une initiation à l’improviste. “J’étais encore adolescent, je suis allé avec un ami qui était vice-champion d’Europe de monoski faire une session de wakeboard au Barcarès et, depuis, cela ne m’a pas quitté.”

Catégorie reine

On est alors dans la deuxième partie de la dernière décennie du XXe siècle, le wakeboard vient presque tout juste d’être inventé dans le maelström de naissances de nouvelles disciplines que connaissent alors les sports de glisse. Le wake, c’est un mélange de plusieurs disciplines, il y a la traction comme le ski nautique, mais c’est un genre de remontée mécanique qui fait le job. “Ça ressemble au snowboard, au skate pour les modules, les tremplins qui nous permettent de faire les figures. C’est assez physique et engagé aussi, on peut se faire mal, c’est plus brutal que le kite surf par exemple, mais il y a aussi les sensations de glisse, un peu comme le surf.” Julien, du haut de ses seize ans, a touché la discipline qui allait devenir sa passion. “Dès que j’ai eu le permis, que j’ai été en capacité, j’y suis retourné, pour le plaisir d’abord, puis, à 23 ans, je m’y suis mis à fond mais c’était toujours un loisir.” La bascule attendra encore un peu, qu’il ait 28 ans et qu’il parte un mois aux Philippines pour s’entraîner dans ce qui ressemble à La Mecque de la discipline. Juste le temps de se faire remarquer. “Là, j’ai franchi un cap important, des marques m’ont sollicité pour signer des contrats et il a fallu que je me mette à faire des compétitions…” Jusqu’à devenir champion de France Open, la catégorie reine, en 2010. “À l’époque, je partais deux mois par an à l’étranger pour m’entraîner, aux Philippines ou en Thaïlande, sur les meilleurs spots du monde, un mois au printemps et à l’automne. L’été, comme je travaillais sur l’exploitation, je ne faisais que de la maintenance de niveau, en allant à l’eau deux fois par semaine. C’était aussi, il faut le reconnaître, une bonne soupape au milieu de la récolte…”

Et les autres ?

Ce rythme a duré quelques années mais, très vite, il décroche de la compétition. Question d’ambiance, d’asymétrie aussi, avec les autres concurrents. “Je me souviens d’une étape du championnat de France, c’était à Poitiers. Je suis parti le vendredi soir avec 70 heures de travail dans les pattes, arrivé à deux heures du matin et le samedi, les autres s’entraînaient quand je n’avais la force que de caler mon « run » pour la compétition du lendemain. Je calais juste la suite de figures. Et le dimanche, après la compétition, je suis rentré à minuit pour reprendre le travail de lundi à 6 heures.” Ce décalage avec les autres fait une étincelle. “Je me suis dit que le jeu n’en valait pas la chandelle pour que ça rapporte. En plus, j’avais 29 ans, j’étais déjà en bout de course sur le circuit, à quoi bon donc ?” Il dit cela mais il a tout de même gagné la Coupe de France à 34 ans, avant de s’éloigner pour de bon du circuit de la compétition. “On m’avait un peu poussé pour que je m’inscrive, j’ai gagné certes, mais je n’étais plus dans ce trip-là.” S’il ne s’est pas mis à l’eau cette année avant le mois d’août, c’est parce qu’il n’a pas voulu prendre de risque. Le risque de se blesser, de se faire mal. “Cette année, j’ai perdu des kilos, je suis fatigué par le travail, il me faut un mois de préparation physique avant de pouvoir remonter sur la planche, histoire que je me refasse physiquement.”

“Ils n’ont pas le même métier que moi”

Alors promis, il sera sur l’eau avant la fin de l’été. Et s’il ne court plus le monde en quête d’entraînements et de progrès technique, il s’est mis au surf depuis 5 ans. “Je ne peux plus aller aux Philippines, c’est trop dur physiquement, je ne tiendrai pas.” Le surf, c’est autre chose, une autre quête et les sensations sont proches de celles du Wake Board, il a élu Hossegor, dans les Landes, comme nouvel horizon.
À l’heure d’éplucher ses souvenirs, il veut surtout en retenir un. Une rencontre plutôt qu’une compétition, Luis, avec un gros niveau en snowboard et en surf mais qui ne connaissait pas le wake. “Nous étions dans le même avion pour les Philippines, au départ de Barcelone et nous allions au même endroit. Je lui ai appris à faire du wake et nous avons passé un mois comme des clowns dans l’eau à s’entraîner, se filmer…” Quand il regarde en arrière, il dit ne rien regretter. “Je suis à un âge où j’ai pris conscience qu’il faut peut-être faire attention, j’ai levé le pied, le wake, la moto… Mais je ne regrette pas. Je vois des gars de mon âge, à 40 ans, qui sont encore très forts, mais ils n’ont pas le même métier que moi.”

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