“Cons caduques ou cons débutants…”

Citation empruntée, bien sûr, à Brassens qui pourrait, d’une certaine façon, faire écho à la campagne électorale de Julien Bayou, candidat Europe écologie les verts aux élections régionales d’Île de France. Campagne au cours de laquelle cet avocat de 40 ans incite les ressortissants de sa région souhaitant défendre le climat à se mobiliser pour vérifier qu’ils sont bien inscrits sur les listes électorales. Avec une méthode qui a de quoi surprendre puisqu’elle tend à opposer les générations et certaines composantes de notre société. Bayou, photos des intéressés à l’appui, cible ici les chasseurs, Darmanin, Zemmour, Finkielkraut, les fachos et les boomers nés dans les années 50 et 60. D’où les nombreuses réactions suscitées par cette forme de discrimination perçue comme étant de “l’âgisme” où les retraités d’aujourd’hui seraient insensibles aux questions environnementales. Face au tôlé suscité par ce “cliché” Bayou a reconnu, dimanche dernier auprès de l’AFP, une erreur, décidant de retirer le visuel des boomers qu’il n’avait, soi-disant, pas validé.

En voulant supprimer le sapin de Noël, le Tour de France, les avions, les trains, les voitures, les camions ou les voiliers, les écologistes ont récemment prouvé les limites de leur discernement et de leur sensibilité. Avec cette nouvelle salve, ils enfoncent le clou jusqu’à la perversion. Car, dans sa première version, figurent sur la même affiche des gens qui n’ont aucun point commun. Le tweet indique “Pour défendre leurs intérêts, les chasseurs, les boomers et tous les autres iront voter en juin prochain. Et pour défendre le climat est-ce que vous vous pourrez voter ?” Ou comment ce fils d’un architecte et d’une enseignante, découpe en tranches notre société et se permet de distinguer à l’emporte-pièce les purs et les impurs. Jusqu’où iront dans le mépris et l’impunité manifeste les écologistes pour mener à bien leur entreprise ? La question est posée et le législateur devrait peut-être s’en préoccuper. Car cette instrumentalisation des consciences a de quoi inquiéter. Surtout lorsque le public ciblé est celui d’une jeunesse souvent influençable et désorientée par les vicissitudes d’une époque bien incertaine.

À moins que les écologistes, à trop vouloir en faire, finissent par choir dans une forme de disgrâce

Quel est le rapport entre un facho, dont Bayou devrait au passage fournir la définition exacte, une personne de 60 ou 70 ans, un philosophe, un chasseur, un journaliste, un ministre de l’Intérieur ? Si chaque candidat utilisant son libre arbitre se met à associer des professions, des courants de pensées, des tranches d’âge et des pratiques pour faire passer un message en laissant à l’appréciation de chacun la motivation de la manœuvre, il faut s’attendre à un suffrage millésimé 2022 très compliqué et, par certains aspects, bien délétère.

Imaginons une autre obédience lançant une campagne tout aussi énigmatique, où l’on verrait apparaître pêle-mêle un homard, un pull qui gratte, une pipe, une paire de couettes, un individu appréciant la proximité des jeunes enfants, un autre privilégiant les déplacements en hélicoptère, des sandales, une marque de shampoing, des réunions non mixtes, un champ de coquelicots et toutes sortes de symboles permettant de déchiffrer un rébus censé dénoncer les tares ou les incohérences de l’adversaire… Le discrédit, déjà suffisamment prégnant dans la classe politique, emprunterait alors à des surenchères inédites et le débat d’idées finirait par en pâtir. À moins que les écologistes, à trop vouloir en faire, finissent par choir dans une forme de disgrâce. Celle qui renvoie à la marge les populistes qui ne savent pas faire de différence entre ce qui est important et ce qui relève de la grande farce.

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