Bonet et Torreilles passent la main [par Yann Kerveno]

C’est une page qui se tourne. Avec le départ de Francis Bonet et Roger Torreilles, muscats et Côtes du Roussillon Villages changent de leader.

C’est un bilan long de plus d’une quinzaine d’années que Francis Bonnet et Roger Torreilles dressent, un matin de décembre, à la Maison des vignerons à Perpignan. Alors non, ils n’ont pas encore raccroché les gants, ils restent élus au conseil d’administration des organismes de gestion qu’ils ont présidés, mais ils n’en seront plus les voix. Pour Francis Bonet, président par ailleurs de la cave d’Estagel, l’aventure des Côtes du Roussillon Villages a commencé en 2003. Au moins pour la présidence. “Nous avons eu à gérer une réforme importante qui a fait des syndicats de défense des AOC des gestionnaires de fait” explique-t-il en regardant le passé. Avec l’accompagnement de l’État et de l’Institut national des appellations d’origine (INAO), il a fallu aux structures se réorganiser, accepter de prendre plus de responsabilité sur les contrôles, la taille, les plantations… “Il nous a fallu de notre côté accompagner les producteurs dans cette évolution” explique-t-il. Voilà pour le cadre légal.
Du côté des produits, l’histoire des Côtes du Roussillon Villages est à l’image de celle des autres appellations du département : un yoyo. Belle valorisation de 1998 à 2005, creux de la vague et les remous violents de l’affaire Rieux Minervois qui agitent le Languedoc viticole. Puis la remontée vers des tarifs qui payent le travail, 150 à 180 euros l’hecto pour le vrac. Et de nouveau, récemment, les difficultés, les taxes Trump, la Chine, le Brexit.

Encore 600 hectares à reconvertir

Entre-temps, le travail a payé, il y a eu la reconnaissance de l’appellation Aspres, les autres dossiers en cours : Lesquerde, Tautavel, Caramany, Latour de France… Quand vient le tour de Roger Torreilles de parcourir ces deux décennies, ou presque, d’activisme, il fait d’abord un grand bond en arrière dans l’histoire, raccroche avec le plan Rivesaltes, la mutation du vignoble de Rivesaltes vers le muscat, le travail main dans la main avec Antoine Cesco, la fin de l’appellation Grand Roussillon, l’affaire de la Socodivin, la production qui arrive à 120 00 hectolitres en 2000… Et cette antienne, “produire ce qu’on sait vendre”, qui ne suffit pas à limiter la casse. Il pointe du doigt la structure du marché, le poids exorbitant de la grande distribution dans les ventes, le faible nombre d’opérateurs sur la place, ils sont cinq négociants par qui transitent 90 % des volumes. Et la concurrence des vins aromatisés, le coup de poignard des gilets jaunes “tout cela nous a coûté plus de 20 000 hectolitres” estime-t-il.
Remplacés respectivement par Régis Ouguères et Denis Surjus, les deux leaders s’entendent pour faire passer quelques messages, l’importance de ne pas mépriser le négoce, “indispensable à l’existence du Roussillon parce que nous avons des volumes à sortir”, mais aussi les cartes à jouer, les pétillants à base de muscat en assemblage et la reconversion à terminer du vignoble. “Nous avons reconverti 600 hectares de muscat ces dernières années, il y en a autant à faire encore” juge Roger Torreilles. “Pour équilibrer le marché, il faudrait que nous soyons à 3 000 hectares avec l’Aude, pas plus.”

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