Banyuls : apaisement en vue dans le vignoble ? [par Yann Kerveno]

Si le terroir de Banyuls aime la bagarre comme les mémés de Toulouse, l’apaisement est peut-être pourtant en train de gagner du terrain. C’est en tout cas ce que veut croire Romuald Peronne, président du cru, réélu à l’unanimité en début d’année.

Un an après votre élection quel bilan pouvez-vous établir de cet exercice ?
Le plus important, pour moi, c’est qu’au terme de cette année, le bureau a été reconduit à l’identique et que tout le monde est au travail. Les commissions travaillent, le conseil d’administration décide et le bureau met en œuvre. Je suis personnellement fier, au-delà de ce qui peut se dire et s’écrire dans la presse, que le cru soit aujourd’hui la maison de tous les opérateurs, qu’ils produisent deux, deux cents ou des milliers d’hectos, ils sont représentés au sein du cru. Aujourd’hui, toute la famille est réunie, les indépendants, la coopération… Et toutes les bonnes volontés, il y en a beaucoup, sont les bienvenues dans la mesure où elles veulent travailler pour le collectif. Nous sommes loin de l’ambiance à couteaux tirés de l’année 2020 et je suis le garant de cette unité… 2022 sera une année importante pour nos appellations avec un collectif retrouvé et, avec l’appui de l’État et du sous-préfet, Jean-Marc Bassaget, qui est toujours à l’écoute de nos projets, cela nous permet de passer par-dessus nos querelles politiques locales.

Où en est l’étude que vous avez commanditée l’an dernier ?
Les travaux sont bien avancés et nous en présenterons les résultats en mars prochain. Techniquement, nous avons fini de récolter les données et elles couvrent, c’est très important, 93 % des volumes produits dans l’appellation. Avec une telle masse de données, nous disposerons d’un état des lieux très précis pour définir les orientations futures de l’appellation, pour les dix ou quinze prochaines années.

Quelles sont les pistes explorées ?
Tout ce qui touche à la rentabilité des exploitations. Nous voulons du concret (marge, fiscalité, endettement) pour mettre fin aux idées souvent farfelues autour de notre cru et mettre en place de véritables stratégies pour le développement de nos entreprises. De plus, l’étude nous guidera aussi sur la modification de nos cahiers des charges et plans de contrôles de nos AOP. Les interrogations portent sur les cépages résistants à la sécheresse en particulier, nous nous interrogeons aussi sur une éventuelle modification de l’aire de l’appellation pour la vinification ou l’élevage, sur la mise en place d’une délimitation parcellaire, il faut se poser aussi la question de l’irrigation, des standards agroécologiques minimum. Ces réformes seront présentées à l’assemblée générale de l’année prochaine.

Stéphane Zanella, président du CIVR, regrette que le cru Banyuls n’ait pas accepté de revaloriser ses contributions volontaires obligatoires au niveau de celle des autres appellations département…
En effet, l’assemblée générale a décidé de maintenir les CVO au niveau actuel, soit 3,84 euros par hectolitre. Cette année, nous avons en effet obtenu un financement exceptionnel du CIVR pour nos opérations de communication, à hauteur de 30 000 euros, mais cette ligne budgétaire n’est pas pérenne. Ensuite, nos appellations ont un déficit d’image et c’est notre rôle d’ODG de mettre en valeur Banyuls, Collioure et Banyuls Grand cru. Nous avons aussi un besoin très important de nous retrouver ensemble sur des opérations en commun. La création d’un collectif fort passe par ses actions qui nous regroupent.

Faut-il y voir le prélude à un divorce ?
Pour l’instant, nous sommes engagés pour les trois prochaines années, mais je ne vous cache pas que le conseil d’administration du cru a demandé que soit étudiée la question de la sortie du CIVR. Nous ne nions pas l’intérêt des actions du CIVR pour le Roussillon, à l’export pour certains opérateurs, mais le cru Banyuls, dans son ensemble, ne se retrouve pas dans la politique menée par l’interprofession. En attendant, nous avons donc, avec l’accord de l’INAO, décidé de lever une cotisation supplémentaire de 500 euros par opérateur, c’est un forfait, (soit 25 000 euros de budget) qui servira uniquement à la promotion de nos trois appellations. Nous ne pouvons plus être soumis chaque année au bon vouloir du CIVR, faire l’aumône de subventions en quelque sorte, pour savoir si on pourra ou non communiquer.

Comment cela se traduira-t-il ?
Cela se traduit déjà par le développement d’une marque “signature”,
“Les vignerons sur mer”, qui sera déclinée pour fédérer l’ensemble des opérateurs du cru dans toutes les manifestations et sur les réseaux sociaux. Aucune appellation du Roussillon n’a à ce jour de site internet ou de réseaux sociaux dignes de ce nom ! Ensuite nous allons organiser une nouvelle grande manifestation à Collioure, au printemps, suite aux succès des 50 ans des Collioure rouge, continuer à développer la Fête des vendanges (Palais des terroirs avec les Toques blanches et village vigneron) parce que nous avons besoin de ces événements à forte rentabilité économique pour les vignerons et qui sont en même temps porteurs d’image. Une nouvelle manifestation plus authentique sur le hameau de Cosprons, au milieu des vignes, verra aussi le jour dès cet été à l’occasion du 30e millésime du Collioure rosé ! En plus, dès le deuxième semestre 2022, nous pourrons nous appuyer sur le nouveau Mas Reig avec l’Institut régional de sommellerie et l’espace scénographique du cru Collioure-Banyuls que nous avons voulu moderne et prestigieux. Sans cette nouvelle cotisation syndicale, tout cela serait impossible.

Propos recueillis par Yann Kerveno

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