Artisanat et crise économique : “l’achat plaisir”pourrait en prendre un coup ! [Thierry Masdéu]

Mis à part les prix élevés de l’énergie et des carburants, la guerre que mène la Russie en Ukraine a instauré un climat anxiogène généralisé qui pèse à la fois sur l’économie des entreprises et sur le moral des consommateurs. Lesquels réorientent certaines priorités.

Après la pandémie de Covid-19, la crainte d’un enlisement de cette nouvelle crise, ou de sa possible extension en Europe, influence le comportement des consommateurs. Une situation à laquelle les artisans vont à nouveau devoir s’adapter pour faire face à une hausse exponentielle de l’inflation. D’autant que l’appel des contrées Sud catalanes et andorranes, où les produits y sont fiscalement moins taxés, ne rend pas indifférents les chalands de proximité. À noter également qu’entre prudence, incertitudes et priorités des dépenses, les consommateurs s’offrent aussi beaucoup moins d’achats plaisirs. Une tendance que révèle l’enquête* réalisée du 10 au 12 mars dernier par le Syndicat des indépendants (SDI) auprès de 1 243 chefs d’entreprises adhérents. On y apprend que, parmi les secteurs de consommation courants, trois sont particulièrement impactés. À hauteur de 80 % pour l’équipement de la personne, 64 % pour celui des cafés, hôtels, restaurants (CHR) et 62 % pour les commerces alimentaires. Cette étude fait aussi apparaître que 77 % des entrepreneurs individuels et dirigeants de TPE sont inquiets pour la poursuite de leur activité.

La clientèle revient à l’essentiel

Romuald Cerezo

Une préoccupation que partagent les artisans boulangers pâtissiers qui ont noté, depuis décembre dernier, un frein sur les ventes de pâtisseries et viennoiseries. “Chez l’ensemble de nos adhérents, les bûches de Noël, les galettes des rois, les gâteaux, les pains au chocolat, etc., tous ces achats plaisirs, qui contribuent à l’équilibre financier de nos commerces, accusent en moyenne une régression de l’ordre de 15 % !” relève avec anxiété, Romuald Cerezo, président de la Fédération de la boulangerie et boulangerie-pâtisserie des P.-O. “Autant les clients s’étaient lâchés sur l’achat de gâteaux lors des confinements pour se faire plaisir, autant à présent ces achats se sont restreints ! La clientèle revient à l’essentiel, le pain qui, lui aussi, pâtit d’une légère baisse, alors qu’en parallèle nous subissons des augmentations sur le prix de nos matières premières et les postes énergie !” Romuald Cerezo espère que ces secteurs d’activités ne seront pas les grands oubliés des 26 milliards d’euros du “plan de résilience économique et sociale” annoncés dans le cadre des prochaines mesures gouvernementales.

Contacts : Fédération de la boulangerie et boulangerie-pâtisserie des P.-O. – 04 68 34 59 34
https://www.boulangerie.org/contact-proche/departement/66 ;

Serge Ciacnoghi : boulangerie-pâtisserie du Mont Canigou – 04 68 05 65 64

Des coûts de transport en hausse pour les ambulants

Serge Ciacnoghi

Autre difficulté, celle qui concerne les ambulants établis sur les zones reculées des hauts cantons et dépourvues de boulangeries. La mission de ces artisans qui assurent les tournées de livraison de pain représente bien souvent, pour les personnes isolées, un lien social inestimable. C’est le cas de Serge Ciacnoghi, dirigeant de la boulangerie-pâtisserie du “Mont Canigou” à Vernet-les-Bains, qui, malgré le contexte, continue d’assurer ce service. Attendu comme le Messie, il connaît le prénom de chacune et chacun de ses clients qui l’accueillent avec le sourire, ou lui préparent le petit sac accroché au pommeau de la porte pour y déposer le pain. “Même si ces dernières semaines mon poste carburant a augmenté de 25 %, je ne peux me résoudre à abandonner ma clientèle des villages de Codalet, Sirach et Ria où je dispose de deux automates distributeurs de pains ! Ils comptent trop sur mon passage” souligne l’artisan boulanger qui a déjà prévenu sa clientèle d’une possible augmentation. “Si le prix du gasoil continue sa flambée, l’unique alternative, tout en rognant sur ma marge, sera d’augmenter mon prix de quelques centimes, je n’aurais pas d’autre solution !” Choix cornélien que celui de fixer les limites entre le prix de vente souhaitable et acceptable. Un dilemme pour l’ensemble de la profession qui espère, lors des prochaines fêtes de Pâques, retrouver l’engouement de la clientèle pour les achats plaisirs. 

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