Ailleurs dans les vignes du monde – septembre 2021 [par Yann Kerveno]

Le marselan cette star de demain ?

Le marselan est-il la future star des vignobles du monde entier ? L’affaire intrigue suffisamment pour que nos confrères de Forbes posent la question dans un récent et long papier. S’il a déjà conquis quelques vignobles du pourtour méditerranéen, il intéresse aujourd’hui bigrement quelques autres grands vignobles, dont Bordeaux, la Napa Valley en Californie et la Chine. Excusez du peu… Il faut préciser que ce croisement de cabernet sauvignon et de grenache présente la particularité d’être assez robuste face aux étés chauds et d’être moins sensible aux maladies. En Chine, plus de vingt vignobles l’ont adopté depuis 2015 et une “journée internationale du marselan”, une dégustation qui rassemble 30 crus différents, est même organisée dans le pays. Dans la Napa, le Marselan n’est pas encore récolté, les premiers pieds ont été plantés récemment mais le cépage suscite un grand intérêt dans un État, la Californie, douloureusement sujet au changement climatique et aux incendies. John Caldwell, propriétaire du vignoble éponyme, il a planté 1 000 pieds, estime que le marselan revient à “acheter une assurance contre le changement climatique.”

Sacrifier la vendange pour sauver la vigne

Puisqu’on est en Californie, sachez que cette année sera aussi terrible que les précédentes pour les vignobles de l’Ouest américain. La sécheresse aura même contraint un vignoble parmi les plus réputé de Sonoma de renoncer à sa vendange 2021.
Sans eau pour irriguer, John Flynn, propriétaire de Griffin’s Lair Vineyard, a fait tomber les grappes pour sauver les ceps. Un choix cornélien entre le court et le long terme ensuite. Ironie de l’histoire, ce vignoble est spécialisé dans la syrah, pourtant réputée solide face au sec. L’an dernier, ce même vignoble de Sonoma avait été touché par les incendies et une bonne partie de sa vendange avait été contaminée par le goût de fumée.

Valoriser l’impossible

Comme les Californiens, les Australiens commencent à être habitués à ce goût de fumée. Et les chercheurs locaux ne restent pas les deux pieds dans le même sous-marin ! Ils planchent en effet à élaborer des process pour valoriser les jus contaminés par le goût de fumée déposé par les incendies géants. Et quelles sont les pistes ? Utiliser ces jus impropres à faire du vin pour confectionner des Gin ou des Brandys. C’est la winery Simon Tolley Wines (Adelaïde Hills) qui, détruite par le feu en 2019, a donné ses jus pour l’expérimentation. Les premières dégustations auront lieu début 2022. Dans une autre région du pays, la distillerie Archie Rose a lancé une eau-de-vie de syrah…

Plus haut !

Vous l’avez déjà lu dans ces colonnes, une des voies d’adaptation au changement climatique, c’est de prendre de l’altitude, quand on peut. C’est à cet avis que s’est rangé Felipe Müller, qui fut “winemaker de l’année” au Chili en 2019. Il est allé explorer les confins du Chili et incite aujourd’hui les entreprises à se lancer dans la viticulture de montagne. Il conduit d’ailleurs lui-même depuis plusieurs années un vignoble de huit hectares (malbec et viognier) à 1 600 m d’altitude dans les Andes, sur un terroir de basalte. Outre le malbec et le viogner, il a testé d’autres cépages, sans grand succès, à l’exception de la Syrah qu’il classe troisième de ses tests. Et il précise que le Nord du Chili, avec des terroirs à plus de 1 000 mètres et où les pluies sont plus abondantes qu’au centre du pays, offre de réelles opportunités. Plus près de nous, en Italie, c’est l’Etna qui attire l’attention des fines gueules nous explique la revue Wine Enthusiat. Largement pratiquée sur les flancs de cet impérieux volcan au XIXe siècle, la viticulture y fut à deux doigts d’y disparaître au milieu du siècle dernier. Et comme souvent, il a fallu quelques résistants et quelques pionniers pour maintenir cet héritage jusqu’au renouveau des années 2000. Sur les flancs du volcan, certains des vignobles les plus réputés ont planté leur vigne, principalement avec le cépage endémique Nerello Macalese, à 1 000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Un blanc de… Malbec !

Au rayon des nouveautés, celle-là risque de faire jaser. Le distributeur anglais Co-Op est allé chercher en Argentine un blanc 100 % Malbec. Pour qui connaît un peu la puissance du Malbec, principal cépage de l’appellation Cahors, cela surprend. C’est à Trivento que nous devons cette innovation. Les raisins proviennent de deux vignobles différents, les raisins sont vendangés très tôt, vite égrappés, légèrement foulés et pressés immédiatement pour éviter l’extraction de la couleur fort soutenue du malbec. Et c’est vendu 8,25 £ le col.
En Espagne, c’est aussi une nouvelle importante et une conséquence inattendue du confinement. Pour la première fois de l’histoire, la consommation de vin à domicile a été plus importante que celle de la restauration en 2020.

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