Quand avons-nous basculé ? [par Dorothée Boyer Paillard]

“Qu’est-ce que la que Ve République sinon la possession du pouvoir par un seul homme […] ? Magistrature temporaire ? Monarchie personnelle ? Consulat à vie ? Pachalik ? Et qui est-il, lui, De Gaulle ? Duce, Führer, caudillo, conducator, guide ? A quoi bon poser ces questions ? […] J’appelle le régime gaulliste dictature parce que, tout compte fait, c’est à cela qu’il ressemble le plus, parce que c’est vers un renforcement continu du pouvoir personnel qu’inéluctablement il tend, parce qu’il ne dépend plus de lui de changer de cap.”
Ces mots ont un sens lourd dans l’Histoire, ces mots ont été employés par François Mitterrand en 1964 dans Le Coup d’État permanent. Et pourtant, Mitterrand devint président de la République, de celle supposée despotique que De Gaulle avait imaginée avec Debré. Et pourtant, il pouvait insulter Jupiter, le traiter encore de dictateur sans qu’une horde barbare ne s’abatte sur lui et le brise en ses chairs, en ses os, en son être.
Quand avons-nous basculé dans cette mascarade liberticide, faisant croire que nos dirigeants agissent pour le bien commun ? Propagande ou exclusion nous conduisent à nous interroger sur une dérive fasciste de l’État de droit, au sens politique du terme comme un système autoritaire menant vers un supposé idéal collectif, utilisant tous les leviers à sa disposition pour l’imposer. Et celui qui n’y adhère pas doit être exclu, marginalisé, annihilé, détruit socialement et économiquement parlant.

Interrogeons-nous

“Le drame de la France, c’est que l’effondrement de juin l’avait amenée à douter de toutes les valeurs pour lesquelles elle avait vécu jusqu’alors. Chrétienne ou laïque, socialiste ou libérale, la France comme l’Angleterre et les États-Unis, avait toujours gardé, jusqu’au jour du désastre, sa foi dans la personne humaine, son attendrissement pour le faible et son horreur de l’injustice. Et voici qu’au jour de la défaite, un Pétain, un Darlan, un Laval sont venus lui dire que si elle a été vaincue, c’est justement parce que le respect de la personne humaine est une infirmité, parce que la sollicitude pour le faible est la pire des faiblesses, et parce qu’il n’y a de force que dans l’injustice. Voilà ce qu’ils ont dit ; et en accablant de leurs sarcasmes les démocraties restées fidèles à l’idéalisme, ils ont voulu contraindre les Français à croire qu’il n’y avait de rédemption possible que dans un ralliement abject au totalitarisme, au réalisme, au cynisme et dans une soumission honteuse à l’ennemi à qui ce totalitarisme, ce réalisme, ce cynisme semblaient alors avoir assuré la victoire. La France allait-elle céder à l’affreuse tentation de renier ainsi deux mille ans de vie spirituelle et morale ?(…) Voilà ce que se demande avec angoisse le peuple français. J’ai vu qu’on cherchait à le rassurer en lui disant qu’après tout cela n’a pas d’importance puisqu’un jour il se prononcera « en toute souveraineté » sur son destin. Le peuple français n’est malheureusement pas aveugle. Il sait comment se fabriquent certaines « consultations populaires », comment s’organisent les Munich, à coup de millions, à coup de mensonges, à coup de troubles menaces.”
Que ces paroles de Pierre Brossolette, de cet article paru dans La Marseillaise, du 6 décembre 1942, résonnent au plus profond de chacun, vaccinés ou non, exclus ou non, trompés ou non. Interrogeons-nous sur l’objectif de toutes les mesures prises au cours de cette crise sanitaire, sur tous les mensonges d’État et sur leurs conséquences.

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