À propos des supermarchés

Face à la concurrence de la livraison à domicile, l’hypermarché se réinvente. Au hasard de mes recherches, je tombe sur un “concept novateur” qui m’interpelle. Ça se passe au Portugal. Auchan, dans 34 supermarchés, vient de déployer des robots conçus pour inspecter les rayons. Ces machines, autonomes, circulent dans les allées et photographient l’ensemble du magasin jusqu’à trois fois par jour. Elles vont ainsi identifier les ruptures de stocks, vérifier la conformité des prix, et même indiquer d’éventuels produits mal placés dans les rayons ! Tout ceci présenté bien entendu sur le ton de l’optimisme et du progrès bienfaisant. Cette astuce permettra de réduire massivement les stocks en magasin et de maximiser leur trésorerie. 
Les grandes enseignes se sont lancé un défi, assurer leur croissance avec des effectifs moindres et elles ne vont pas lésiner sur les moyens. Tant pis pour l’impact colossal généré sur l’emploi ! Outre les robots, les CDD et intérims auxquels nous sommes déjà accoutumés, le secteur sollicitera sans doute des auto-entrepreneurs qui partageront leur temps entre plusieurs magasins en fonction des besoins. Faire appel à des travailleurs indépendants constitue deux avantages majeurs : l’intervenant extérieur perçoit non pas un salaire mais des honoraires qui, d’une part, vont exonérer l’employeur des charges sociales et, d’autre part, vont entrer dans la colonne comptable des charges de l’entreprise, lui permettant, en fin d’année, de réduire la TVA à reverser à l’État. Magnifique calcul et prospectives d’avenir fabuleuses ! En effet, l’État, d’un côté ne percevra plus les charges sociales et, d’un autre côté, devra subvenir à la survie (on n’ose pas espérer davantage que la survie) des centaines de milliers de salariés mis sur le carreau. Comme toujours, on déclenche un système juteux sans se préoccuper des conséquences.

Les consommateurs qui s’appliquent bien sagement…

Il faudrait à minima instaurer une taxe équivalente aux charges versées auparavant sur les salaires pour chaque fonction remplacée par une machine. Mais ce n’est apparemment pas dans les tiroirs. Comme si personne n’y avait pensé…
Dans la même lignée, on va nous fourguer aussi, sous couvert de mansuétude, soi-disant pour nous éviter les files d’attente en caisse et de vider le caddie sur le tapis, ô merveille ! le “débrouille-toi tout seul”. Disparition de l’hôtesse de caisse. Le client scanne lui-même ses produits depuis son smartphone et le paiement se fera automatiquement. Fabuleux ! Sauf que, à l’heure actuelle, le salaire des caissières et autres employés est répercuté sur le prix des articles. Demain ces mêmes articles seront-ils moins chers ? Ou bien aurons-nous une ristourne pour nous être transformés en caissier(e) ? Les consommateurs qui s’appliquent aujourd’hui bien sagement à scanner leurs articles aux “caisses rapides” ont déjà la réponse. 
J’imagine aussi le désarroi des personnes, âgées ou non, dépassées par ces changements. Bon, je pars au marché…

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