“Varenne de l’agriculture et du climat” : pourquoi, pour qui ? (Par Jean-Paul Pelras)

Julien de Normandie, ministre de l’Agriculture, veut donc organiser un “Varenne agricole de l’eau et de l’adaptation au changement climatique”. Et ce, selon le souhait d’Emmanuel Macron, avant l’été. C’est ce qu’il annonce dans une tribune parue dans le JDD où il déclare vouloir “revenir à l’essentiel et reconnaitre à l’agriculture son rôle majeur”. Mieux vaut tard que jamais diront ceux qui se contenteront de cet effet d’annonce pour espérer. D’autres passeront leur chemin sans même se retourner sur cette énième consultation, échaudés, ou plutôt refroidis, par la récente loi Alimentation et autre Grand débat agricole, gadgets qui resteront comme autant de coups d’épée dans l’eau plantés sur l’ère Macron.
L’eau, tiens parlons-en, puisqu’il devrait en être question dans ce débat : “Revenir à l’essentiel, c’est aussi appréhender la question de l’eau en sortant des postures. L’eau est une ressource rare ; elle doit être préservée et protégée. Les règles en la matière n’ont cessé d’augmenter ces dernières années. Mais au même moment, l’aménagement hydraulique est trop souvent freiné. Depuis que l’homme est sédentaire, les conflits d’usage de l’eau existent. Il faut évidemment les résoudre dans la concertation, sans que celle-ci ne dure dix ans comme cela reste trop souvent le cas” nous dit le ministre dans sa tribune.

Mais à quoi faut-il encore s’attendre avec un “Varenne agricole de l’eau et de l’adaptation au changement climatique” quand l’intitulé, si l’on considère le poids omniprésent de l’écologie sur la quasi-totalité des décisions politiques à de quoi, à lui seul, inquiéter la galaxie paysanne ? N’aurait-il pas été plus judicieux d’organiser une concertation sur l’impact des compétitions déloyales, sur celui des normes environnementales qui nuisent au maintien et au développement des filières, sur l’écheveau des complexités administratives totalement inadapté au fonctionnement des entreprises, sur l’hégémonie des distributeurs qu’aucune loi ne peut (ou ne veut) juguler, sur la stigmatisation croissante entretenue par les médias à l’égard d’un monde agricole qui ne sait plus qu’elle place occuper dans notre société.

Qui, depuis le début des années 90, s’est réellement emparé de ces questions ?

Reconnaissez, monsieur le ministre, que ça aurait de la gueule ! Même si force est de constater que ces thèmes sont un peu plus compliqués à aborder, car ils impliquent des décisions politiques et géopolitiques audacieuses. Des décisions attendues par certaines productions depuis des décennies en ce qui concerne notamment l’absence d’harmonisation de charges sur le sol européen pour les productions fruitières et légumières notamment.

Qui, depuis le début des années 90, s’est réellement emparé de ces questions ? Qui, au sein des gouvernements successifs, a osé toucher à la hache et bousculer l’inertie européenne sur le sujet des concurrences mortifères venues usurper nos marchés traditionnels et susciter l’érosion que l’on sait dans nos campagnes. Au lieu de cela, déjà impactés par les aléas du marché, nos paysans ont dû faire face à un autre fléau, beaucoup plus sournois car il prend racine sur notre sol, au détour d’un chemin, au coin de la rue, en lisière des bois et parfois même au milieu des champs. À ce titre, monsieur de Normandie, c’est plutôt, à l’instar de ce qui se passa en 1791, une “fuite à Varennes” que vous devriez organiser en y accompagnant quelques ONG et les tenants officiels de l’écologie. Le monde agricole vous en serait infiniment reconnaissant. N’en déplaise, bien sûr, à madame Pompili !

One thought on ““Varenne de l’agriculture et du climat” : pourquoi, pour qui ? (Par Jean-Paul Pelras)

  • 10 mai 2021 à 7 h 05 min
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    Bonjour monsieur Pelras, je suis avec assiduité vos articles, que l’on soit d’accord sur tout ou pas , on peut dire que le bon sens paysan vous habite , je vous encourage à continuer.Quant au délicat sujet de l’eau, j’ai une anecdote à ce sujet, ça se passe dans le Nord de la France, endroit où l’eau ne devrait pas être un problème….Savez vous pourquoi LiLLE ,s’appelle ainsi?Parce qu’au début de notre civilisation, cette ville s’appelait :L’île, cette petite ville était, au moyen âge, entourée de marécages, puis LILLE s’est développée, elle s’est agrandit en asséchant les marécages aux alentours, au siège dernier, Lille offert le tout à l’égout et l ‘eau courante à toutes les communes alentours…tout en pompant l’eau de leurs nappes phréatiques pour pallier au développement se sa population. Moi j’habite dans l’avesnois, région naturelle se situant à 100km au sud de Lille…region préservée de l’urbanisation, ou règnent encore plus ou moins l’élevage laitier, allaitant et cultures diverses,jusqu’ici nous avons la chance d’avoir une eau « saine », mais peut-être aurait il fallu que nous la polluions un peu plus…car depuis plusieurs années, Lille, qui a des vues de grandeur et d’étendue démesurés, voudrait s’étendre d’Armentières (Flandres, )jusque Valenciennes…Lille, ville Bobo par excellence à besoin d’eau, toujours plus d’eau, Lille pompe donc l’eau de l’Avesnois, les travaux de forage et d’acheminement ont commencé il y a 15 ans,dans le plus grand secret, car il n’y a jamais eu concertation du peuple…Les nappes phréatiques étant des vases communiquants, et bien on nous parle de plus en plus de restrictions, d’interdictions , car les étés secs se suivent, nos cours d’eau n’ont jamais été aussi bas, même quand il pleut. Alors oui je vous cite un exemple de ce que vous savez déjà :les grandes villes mettent la main sur l’eau, dans le plus grand secret, tout en montrant du doigt l’agriculture…qui bien naïvement continue d’epandre des boues d’épuration ! Et les écolos n’y voient aucun problème, et continuent de nous charger de tous les maux.Car le proverbe chinois se vérifie ici encore: »Quand le sage montre la lune du doigt,l’idiot(utile)regarde le doigt !
    SALUTATIONS

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