Un paysan est mort [par Jean-Paul Pelras]

Nous sommes dans l’Oise, le 3 octobre 2022. Un agriculteur vient de se suicider. Quelques jours plus tôt, il avait été convoqué par la justice consécutivement à une enquête menée par l’OFB (Office français de la biodiversité). Dans le journal Le Betteravier Français, Régis Desrumaux, président de la FDSEA de l’Oise explique : “Il était accusé d’avoir entraîné le jaunissement de l’herbe sur une ligne d’une longueur d’environ 600 mètres, sur un chemin qui longe une de ces parcelles”, avant de rajouter : “Les agents de l’OFB ont épluché toutes les données de traçabilité de l’exploitation sous le regard méfiant de Linda Monnier, directrice de la FDSEA de l’Oise. Mais ils n’ont trouvé aucune preuve permettant d’accuser l’agriculteur…” Et pourtant, lorsque le directeur de l’OFB est interrogé par les journalistes du Betteravier, il répond : “Nous avions toutes les raisons de penser que l’agriculteur était coupable.”

Coupable ! Mais, putain, coupable de quoi ? Où se situe, sur l’échelle de la culpabilité, entre celui qui assassine un vieillard, celui qui détourne des milliards, celui qui revend de la drogue et celui qui viole des enfants, “le crime” commis par celui qui a (peut-être) osé désherber le bord de son champ ?

Le 3 avril 2022, Géraldine Woessner, journaliste au Point, évoquait l’acharnement dont l’OFB fait preuve à l’encontre des agriculteurs. Elle cite cet exemple où, à Grenoble, le zèle de cette administration est soutenu par le procureur du parquet spécialisé (créé par la réforme du 1er avril 2021) qui déclare : “Il faut nourrir le tribunal et faire un exemple”. Un exemple, des exemples… Et les langues se délient un peu partout sur le territoire avec des agriculteurs qui préfèrent garder l’anonymat car ils redoutent les contrôles et la descente impromptue des agents de l’OFB dans les cours de fermes, dans les parcelles, sur les exploitations, en uniforme, arme à la ceinture comme s’il s’agissait d’interpeller des meurtriers.

Alertés du drame par Luc Smessaert et Christiane Lambert, respectivement vice-président et présidente de la FNSEA, le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, et celui de l’Écologie, Christophe Bréchu, ont été “sensibles à la situation et ont pris cela au sérieux”. Circulez, il n’y a donc plus rien à voir derrière cette coalition où l’on ne sait plus qui, du ministère de l’Agriculture ou de celui de l’Environnement, détient désormais le plus de pouvoirs. La question étant de savoir ce que pèse le monde paysan face au lobby écologiste. Comment, en effet, en moins de deux décennies, le dogme verdoyant a-t-il pu, à ce point, impacter, inquiéter et intimider les producteurs, les éleveurs, les cultivateurs ? Et bien, tout simplement, car les environnementalistes bénéficient du soutien d’une population conditionnée par les émissions et les reportages à charge régulièrement diffusés à la télévision et sur les ondes. Ces reportages où le glyphosate (classé en juin dernier par l’Agence européenne des produits chimiques comme non cancérigène) est systématiquement cité dès qu’il s’agit, pour capter l’audimat, d’obtenir un effet anxiogène.

Pathétiques inquisitions

Nous en sommes là, dans cette société, à minorer le rôle nourricier de l’agriculture en lui préférant la démonstration de quelques activistes qui saccagent les cultures, les transports alimentaires, les retenues d’eau ou qui jettent des bols de soupe sur les tableaux parce que la plupart du temps ils n’ont, tout simplement, rien d’autre à faire. L’hystérie de certains responsables politiques présents aux côtés des activistes comme Rousseau et Jadot dans les Deux Sèvres samedi, questionne sur la légitimité de ces “législateurs”. L’acharnement de ces élus à l’encontre des pratiques agricoles ayant atteint des niveaux ubuesques, le monde paysan français à toutes les raisons de s’inquiéter quant au devenir de sa profession.

Quand, depuis Paris, les bureaux des ONG, le ministère de l’Écologie et les strapontins du Palais Bourbon, la stigmatisation de l’agriculture est devenue le divertissement favori de ceux qui, à défaut de chercher des solutions, vont débusquer dans nos campagnes ce qui permet d’alimenter leurs pathétiques inquisitions. Et ce, sans avoir jamais mis les pieds sur un tracteur, sans savoir ce que représente des années de labeur, sans savoir ce qu’il en coûte de rembourser du long terme avec du court terme quand les récoltes sont insuffisantes et que l’argent vient à manquer. Parce que ce qui compte, c’est le contrôle, c’est l’inspection, c’est la verbalisation de celui qui travaille. Ce qui compte, c’est au delà du “buzz politico-médiatique”, l’effet de surprise qui provoque la boule au ventre, c’est le tribunal où “le paysan coupable” va comparaître.

L’agriculture, en France, représente 45 % de la surface du pays avec 26, 8 millions d’hectares cultivés. À cela, il faut rajouter les chemins et les abords entretenus par les agriculteurs pour éviter la fermeture des espaces publics, champêtres, touristiques, forestiers. Imaginons une France sans paysans, car, désabusés, ils auraient décidé de rendre une bonne fois pour toute la clé des champs. Pourrait-on ce jour-là confier aux écologistes et aux administrations qui leurs sont dévouées, serpes, fourches, faux, faucilles, faucheuses, tronçonneuses et autres gyrobroyeurs ou débrousailleuses pour entretenir le pays afin qu’il ne devienne pas un territoire, de Dunkerque à Perpignan et de La Rochelle à Lons le Saunier rendu au maquis, aux landes et à la forêt ?

Nous verrions alors de quoi sont capables ceux qui, pour l’instant, se posent en donneurs de leçons quand ils devront nourrir les populations, juguler les incendies et les inondations, contenir les prédateurs, les espèces invasives, surveiller les friches où le gibier va proliférer, où les trafics en tout genre et les décharges sauvages vont se développer.
Il ne s’agira plus alors de savoir comment 600 mètres de bordures auront été nettoyés. Il ne suffira plus de désigner arbitrairement ceux qui détenaient et transmettaient le savoir-faire permettant d’entretenir pâtures, jardins, vignes et vergers. Mais de savoir pourquoi, une fois la France vouée aux ronces et aux genêts, les idéalistes soutenus par quelques politiciens illuminés ont fait, à ce point, preuve d’ignorance, d’aveuglement et d’irresponsabilité.

3 thoughts on “Un paysan est mort [par Jean-Paul Pelras]

  • 1 novembre 2022 à 13 h 09 min
    Permalink

    soyons fiers d être paysan. Ce drame me touche profondément car par le fait du hasard ,j ai acheté un tracteur à cet agriculteur malheureusement disparu.Mon histoire je l ai souvent raconté ns arrete pas la.En effet il y a 16 ans j ai perdu une de mes sœurs infirmière d un suicide,vous me direz quel rapport ,eh bien juste le fait que la veille de son hospitalisation j.ai eu un contrôle de la dsv,comme beaucoup d entre nous j ai eu peur donc j ai mis1 journée à préparer cette visite et je n ai pu lui rendre visite à l hopital pour l aider et la rassurer.Le jour du contrôle les sous entendu les accusations sans preuves des 4 contrôleurs étaient palpables jusq au coup de fil me prévenant du drame.Aujour d’huile je n ai plus peur des contrôles ni de leurs conséquences car jamais personne ne la remplacera.N ayez pas peur nous sommes les peintre à grande échelle d un pays que nous aimons tous.

    Répondre moderated
    • 9 novembre 2022 à 13 h 35 min
      Permalink

      D’origine paysanne, même si je n’en ai pas fait mon métier, je connais bien le problème et je suis vraiment de tout cœur avec vous ! Je pleure sur l’avenir de notre pays.

      Répondre moderated
    • 11 novembre 2022 à 22 h 02 min
      Permalink

      Conseiller auprès des agriculteurs j’ai dû mentir très souvent pour rendre auprès de l ‘ administration leurs pratiques acceptables et j’en suis pas très fier, mais si vous me dite que j’y sauvé des vies, alors………

      Répondre moderated

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.