Sibio : rester local et aux mains des producteurs [par Yann Kerveno]

Née sur les cendres d’une scop, Sibio a depuis fait son bonhomme de chemin. Et se prépare à franchir un nouveau palier.

Depuis 2012, Sibio a su s’adapter et a surmonté une année 2020 rendue périlleuse par la crise de la Covid et la fermeture de la restauration, collective ou commerciale. La petite aventure des quatre producteurs bio des Pyrénées-Orientales a pris de l’ampleur, sans rogner ses ambitions philosophiques. L’entreprise transforme aujourd’hui 1 500 tonnes de fruits par an et commercialise 1,5 millions de bouteilles, en employant sept permanents plus une dizaine de saisonniers pendant la forte période d’activité.
“Oui notre projet de départ a beaucoup évolué” confirme Pierre Giovanelli. “Aujourd’hui, 20 % de notre production est commercialisée sous notre marque, Sibio, 40 % correspondent à de la prestation de services pour d’autres producteurs et les 40 % restants sont produits en marque blanche.” L’entreprise a aussi beaucoup évolué dans sa forme. Les quatre producteurs à l’origine de l’aventure ne sont plus que trois, mais l’entreprise a vu entrer à son capital de nouveaux actionnaires en 2019. La SICA Nat et Bio qui rassemble sept producteurs bio, Alterfood à hauteur de 40 %, un des clients historiques et importants de l’entreprise, plus la CAPFL de Saint-Andiol, autre entreprise spécialisée dans la transformation de légumes. “Depuis l’entrée d’Alterfood au capital de Sibio, nous leur avons confié le marketing et la communication mais nous n’avons pas varié d’un iota, Sibio reste et restera une entreprise détenue par les producteurs locaux, notre capital est d’ailleurs toujours ouvert à ceux qui souhaitent nous rejoindre” ajoute l’arboriculteur illois.

Qualité et sécurité sanitaire

Après la phase de transition entre l’artisanat des débuts et l’automatisation d’un certain nombre de lignes de production, Sibio est engagée dans un nouveau programme de montée en gamme depuis 2019, avec l’aide de la Région. “Nous investissons sur la ligne d’extraction et sur la ligne d’embouteillage, ce qui doit nous permettre de tripler nos capacités” explique-t-il. “En termes de taille et de capacités, nous sommes exactement entre l’artisan et l’industriel, comme peut l’être Vitamont par exemple. C’est ce qui fait que nous sommes un interlocuteur intéressant, en sous-traitance d’embouteillage, pour nombre d’opérateurs qui sont eux aussi dans ce créneau avec des productions trop importantes pour être assurées par les artisans et trop faibles pour intéresser les industriels de l’embouteillage.”

L’embauche d’un commercial en mars denier, à l’orée du premier confinement lié à la Covid, est aussi venue consolider l’édifice qui transforme aujourd’hui les écarts de tris des pêches, des abricots, des pommes, mais aussi, depuis moins longtemps, des poires, de grenades… L’entreprise cherche aussi à déménager. Après avoir été hébergée à Plaine du Roussillon, elle a trouvé refuge en bord de champs “mais nos locaux ne conviennent pas aux standards de la grande distribution, il faut donc que nous puissions nous installer correctement et avoir de la latitude pour l’avenir et répondre aux exigences de la grande distribution, des industriels qui sont ou seront nos clients.”

Déménagement en vue

Ce devrait être chose faite d’ici la fin de l’année 2021, et le déménagement se doublera de l’adjonction d’une nouvelle ligne aseptique pour répondre à des préoccupations de qualité, mais aussi pour pouvoir mettre un pied sur un marché nouveau, celui des ingrédients. “Il y a aujourd’hui une volonté assez forte des industriels de relocaliser leurs approvisionnements et nous sommes approchés par des clients importants, des glaciers par exemple, nous avons aussi rencontré Materne, Bledina… Cette ligne nous permettra de mettre nos purées dans des poches aseptiques à froid, et non à chaud comme aujourd’hui, ce sera un gain important en terme de qualité.”

Parallèlement, l’entreprise s’est aussi engagée dans un appel à projet de l’agence bio. “Ce que nous essayons de faire par cet appel à projet, c’est de créer un écosystème bio autour du réseau créé par Sibio, des entreprises liées à la production, la transformation et la commercialisation de produits bios pour contractualiser entre entreprises, cela rentre dans la logique de la certification Éthiquable que nous avons obtenue.” Outre le local, Sibio a aussi un autre créneau, le segment premium du marché, ce qui passe par exemple par un peu de recherche et développement, les expérimentations sur les alternatives au sucre. Quand on lui demande comment il imagine Sibio dans 5 ans, Pierre Giovanelli sourit. “On sera comme aujourd’hui, avec notre gamme, une quarantaine de références, on sera monté en gamme et on travaillera aussi peut-être plus de fruits parce qu’il y a de l’offre.” En 2020, année de la Covid, l’entreprise a vu son chiffre d’affaires reculer pour la première fois depuis sa création, à 1,60 M €. Mais 2021 devrait vite effacer ce faux pas.

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