Les “Triples” de Lafage ont conquis leur marché [par Yann Kerveno

Les vins pétillants du domaine roussillonnais font appel aux levures de bières et ont trouvé leur clientèle en quelque mois, malgré la Covid.

Aller passer une partie de ses études en Champagne donne assurément l’envie de faire des bulles. C’est ce que n’ont pas oublié Éliane et Jean-Marc Lafage qui ont mis au point et commercialisé l’an dernier une cuvée pétillante intrigante à bien des égards. “Nous avons toujours eu cette idée de produire un vin pétillant ici, dans les Pyrénées-Orientales” raconte Éliane Lafage qui s’est chargée du développement de la gamme “Triple”, c’est leur nom, en question. Mais voilà, l’affaire n’est techniquement pas aisée et la difficulté ne se limite pas à la seule vinification, l’embouteillage et le bouchage nécessitent aussi des procédures particulières. La mise en service d’une nouvelle ligne d’embouteillage au domaine ayant rendu l’opération possible, il ne restait plus qu’à concevoir le produit.

Le reste est venu en particulier des liens amicaux et de travail noués entre le domaine Lafage et le brasseur Cap d’Ona. “Le monde du vin et celui de la bière sont deux mondes qui se recoupent et nous nous sommes dit qu’il serait peut-être intéressant de travailler avec des levures de bières pour nos vins pétillants” explique-t-elle, “pendant que nous menions des essais sur le triple blanc.” Si le nom “Triple” s’est imposé pour cette courte gamme, c’est parce que ces vins pétillants font l’objet de trois fermentations et ils sont déclinés en deux couleurs, blanc et rosé. Pour le blanc, c’est un assemblage chardonnay, viognier et grenache blanc, pour le rosé, un assemblage comprenant du vermentino, du grenache gris et de la syrah.

Vague pétillante

De quoi surfer sur la vague des “sparkling” menée par le Prosecco italien, appellation qui a vendu la totalité de sa déclinaison en rosé dès la première année, en 2020, et qui sont doucement en train de s’imposer chez les consommateurs à des niveaux de prix bien inférieurs à ceux des champagnes… “Nous voyions l’émergence de ce marché qu’incarne le Prosecco italien, avec des vins agréables, un peu festifs… En somme, une bulle accessible et pas compliquée, c’est dans cet esprit-là que nous avons travaillé.”

Lancés juste avant le confinement, les deux pétillants de la maison Lafage ont cependant trouvé leur marché en dépit des conditions. “Nous avons procédé à la mise en bouteille fin février, début mars 2020, alors oui, le premier confinement de la mi-mars l’an dernier a un peu freiné la fusée au décollage” ajoute Éliane Lafage. “On s’est demandé ce que nous pouvions faire commercialement, alors nous avons expédié les échantillons à nos clients et nous avons organisé des dégustations virtuelles par l’intermédiaire du logiciel zoom.” L’affaire a tellement marché que tout ce qui avait été produit, soit 20 000 cols par couleur, a été vendu.

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